Arnaud Viviant : la critique littéraire pour seul horizon ?


Lundi 30 Septembre 2013

Journaliste, chroniqueur, romancier et critique littéraire, Arnaud Viviant, homme de lettres au parcours sinueux, passé par la presse écrite aussi bien que par la télévision, constitue une figure de ce que pourrait être le nouvel écrivain. Son dernier ouvrage, La Vie critique, roman au goût autobiographique, produit, à travers la figure du critique littéraire, une analyse psychologique étonnante d’un métier souvent limité à des poncifs réducteurs. Défouloir presque masochiste, l’ouvrage décapant d’Arnaud Viviant a le mérite de renouveler avec une tradition : la critique littéraire comme genre littéraire en soit. À ceci près qu’Arnaud Viviant, n’offre pas une production sur la critique littéraire, mais bien autour de ce métier, incarné par les vicissitudes, les doutes et les errements d’un homme happé par ce qui ressemble fort à une vocation ?



Arnaud Viviant : la critique littéraire pour seul horizon ?
Mais ce roman ne constitue pas pour autant une œuvre explicative centrée sur les problématiques du métier de critique littéraire. Le métier n’est qu’un prétexte à déployer sous nos yeux l’existence d’une vie étroitement associée à la lecture, jusqu’à en imprimer, en réalité, le quotidien d’une certaine fadeur, parfois franchement palpable, parfois à peine tangible. Ainsi, trait marquant de ce roman, le narrateur tendra à associer, régulièrement, des évènements non pas à des personnes de son entourage, ou même à des dates, mais bien à des livres, à des romanciers, projetant ainsi de manière permanente en arrière-plan la place centrale, érigée au rang d’obsession, donnée à la lecture dans son existence.

Ce récit, aux accents quelque peu cathartiques, a pour effet de plonger le lecteur dans ce qui ressemble fortement à une analyse du narrateur. Car c’est aussi (et surtout) un récit psychologique, faisant un écho aux écrits de Marthe Robert, célèbre pour son analyse psychanalytique de l’écriture, dans son Roman des origines et origines du roman, saluant dans le roman son « aptitude non pas à reproduire la réalité, comme il est reçu de le penser, mais à remuer la vie ». Ce livre n’est pas un grand récit, et il n’a en outre pas la prétention de l’être, mais c’est un récit humain. À défaut de répondre aux éventuelles interrogations des lecteurs quant à la vocation, ou non, du métier de critique littéraire – question fréquemment abordée, mais finalement souvent éludée - ce livre adopte en fin de compte la démarche qu’entreprendrait, en un sens, un historiographe soucieux d’établir un récit raisonné dans la mesure du possible, un « roman vrai ».

Un roman vrai donc, sans doute à cause de la teinte fortement autobiographique, qui donne à voir ce qu’est aussi une vie passée dans un métier des lettres. Domaine qui semble aujourd’hui en voie de disparition et qui ne manquera pas de susciter chez certains lecteurs un étrange mélange de nostalgie et d’envie. Mais c’est également un roman authentique parce qu’il s’agit précisément d’un récit dans lequel s’assemblent les doutes, les impératifs, les états d’âme, avec un grand luxe de détails. Parmi ces détails, il y a bien sûr l’aspect psychanalytique de l’œuvre, souligné par la dureté dont fait parfois preuve le narrateur à son égard. Le lecteur aura d’ailleurs parfois la curieuse sensation d’une quasi mise en abîme de la psychanalyse, mais parfois seulement, puisque la ficelle serait bien trop grosse. En revanche, cette œuvre n’est pas exempte de quelques effets et figures littéraires incontournables. La remise en cause du narrateur, ses confessions, son aptitude à la dépréciation, traduisent le malaise d’une certaine précarité intellectuelle.

Il y a aussi, dans la transcription de cette existence associée au monde très exclusif des belles lettres, la description d’un certain milieu, d’un certain monde, d’un certain mode d’être éloigné, à vrai dire, des préoccupations du commun des mortels, et, si ce roman a le mérite d’être immersif, il ne rend absolument pas service (il y a fort à douter, par ailleurs, que ça ne soit en aucune manière une des préoccupations de l’auteur) à une certaine vision que peuvent se faire les profanes du milieu des lettres, en particulier à Paris. Cet aspect prégnant du livre traduit un univers parfois nostalgique de lui-même, conscient à la fois de sa fragilité et de son caractère revendiqué d’avant-garde, non sans ironie.

Cet ouvrage, en définitive bref et puissant, aborde dans son ensemble des thèmes chers à la fois au roman et à l’autobiographie. Malgré son aspect chaotique, déconstruit, ce roman est en réalité solidement bâti et permet de libérer non seulement une parole instructive, mais également d’offrir au lecteur une lecture profondément humaine, qui expose, tantôt avec humour, tantôt avec tristesse, ses vices et ses vertus.




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