Comment conjuguer égalité et croissance ?


Axelle Baudry
Mardi 15 Avril 2014

Les inégalités nuisent gravement à la croissance. C’est ce que Winnie Byanyima, Directrice générale d’Oxfam International, a soutenu face à ses interlocuteurs lors d’un séminaire organisé par le FMI et la Banque mondiale sur le thème « inégalités et croissance ». L’organisme a admis ces dernières années l’existence de véritables liens de causalité entre les questions de croissance économique et d’égalité.



(Wikimedia)
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L’inégalité de revenu s’est aggravée partout dans le monde ces dernières années. Mais l’inégalité a toujours été considérée comme étant le prix à payer pour une économie mondiale qui fonctionne. « Mais aujourd’hui, le FMI et d’autres organisations nous disent qu’il y a convergence entre un meilleur fonctionnement de l’économie mondiale, la création des emplois dont nous avons besoin et la suppression des inégalités », a déclaré Guy Ryder, Directeur général de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

En outre, l’inégalité n’est pas seulement mauvaise pour la croissance et une menace pour la démocratie, elle est aussi « moralement répréhensible », a estimé Winnie Byanyima, rappelant que les 85 plus grandes fortunes possèdent autant que la moitié de la population mondiale. « Si c’est un problème, et si nous sommes tous d’accord pour dire que c’est un problème, qu’allons-nous faire pour y remédier ? », a interpelé Guy Ryder.

Jeffrey Sachs, directeur de l’institut de la Terre de l’Université Columbia, a recensé de nombreux types d’inégalité, dont l’inégalité de revenu, de patrimoine, de pouvoir et de bien-être. Selon le Directeur adjoint du FMI, Min Zhu, il serait possible de remédier à ces inégalités par le biais de l’action publique. « Les politiques macroéconomiques ont leur importance à cet égard », a-t-il dit. « Réfléchissons une minute : si le revenu est concentré dans les mains d’un petit groupe de personnes, la consommation en sera modifiée parce que la capacité de consommation diffère en fonction du niveau de revenu », a-t-il souligné.

Tyler Cowen, professeur à l’université George Mason, a quant à lui proposé des mesures qui pourraient contribuer à réduire les inégalités au niveau mondial, notamment des mesures d’encouragement de l’immigration, des transferts monétaires sous condition de ressources, et l’investissement dans la santé publique et l’agriculture. « Je pense que l’inégalité est le symptôme d’un problème plus profond qui est celui du manque de débouchés », a-t-il déclaré, ajoutant que ses propositions ouvriraient de nouvelles possibilités pour les pauvres.

Plusieurs participants ont par ailleurs condamné la fraude fiscale et les flux financiers illicites dont se rendent coupables certaines entreprises. « Les États doivent sévèrement réprimer le secret financier qui permet de cacher des milliers de milliards de dollars dans les paradis fiscaux », a affirmé Winnie Byanyima Des sommes qui pourraient être utiles aux services publics, lesquels sont un « réel revenu pour les pauvres ».




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