Contre le productivisme, une agriculture productive


La Rédaction
Mercredi 25 Avril 2012

Ingénieur agronome et ancien économiste à la Banque Mondiale, Michel Petit livre son regard sur la condition et l’avenir de l’agriculture dans un essai intitulé Pour une agriculture mondiale productive et durable.



Contre le productivisme, une agriculture productive
Si elle est indispensable à la satisfaction des besoins primaires de chacun, l’avenir de l’agriculture dans le monde n’est pas certain pour autant. Secteur d’activité parmi les plus exigeants, soumis à une pression environnementale forte et une pression financière allant toujours croissant, Michel Petit soutient que la vraie santé de l’agriculture mondiale réside dans son potentiel à réaliser des gains de productivité.
 
Le modèle productiviste qui prévaut aujourd’hui dans l’agriculture n’est plus soutenable d’après l’auteur. Il est générateur de risque environnemental : pollution, réchauffement climatique et extinction des espèces en constituent par exemple les effets secondaires indésirables. Il convient donc aujourd’hui d’envisager comment rompre avec le modèle productiviste au profit d’un modèle conciliant exigence environnementale et recherche de productivité.

Pour soutenir cette thèse, l’ancien économiste à la Banque reprend les chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture : pour subvenir aux besoins mondiaux, la production agricole devra augmenter de 70% d’ici 2050. Dans un contexte de raréfaction des terres arables, l’agriculture se verra en effet contrainte d’opter pour un modèle intensif.

Pour Michel Petit, l’agriculture moderne doit faire évoluer ses modes de productions et y incorporer l’utilisation de technologies de pointe. Ainsi le processus de modernisation de l’agriculture doit-il permettre de produire autant ou plus que l’agriculture traditionnelle mais en utilisant moins de ressources. À cet égard, le recours aux organismes génétiquement modifiés ainsi qu’aux pesticides peut constituer une solution s’il est contrôlé. Exploiter plus efficacement le sol grâce à la technologie est donc le pari que l’auteur souhaite voir se réaliser.
 
Par ailleurs, modernisation ne signifie pas la fin des paysans. En effet, Michel Petit développe à ce sujet de nombreux exemple de pays en développement. Il s’étend notamment sur le cas de la Chine dont le secteur agricole moderne et organisé en petite unité de production a opéré un remarquable passage vers un modèle intensif sur les trente dernières années. L’auteur défend la paysannerie et les petites exploitations qu’il juge indispensables à la création d’emploi dans les pays en développement.
Toutefois, c’est encore de la croissance de la productivité du travail agricole que dépendra la viabilité de ces petites structures. Sans cela, l’agriculture de demain ne pourra dégager le bénéfice qui la fera vivre, lui apportera le soutien des États et la rendra attractive aux yeux des investisseurs privés. La technologie et ses applications à l’agriculture demeurent la clé des gains de productivité du travail agricole. Michel Petit préconise donc un soutien significatif à la recherche agricole.

À cet égard, le soutien de l’État est indispensable. Il l’est d’ailleurs à double titre puisque l’État est encore un puissant levier pour initier des projets de recherche mais aussi une protection pour les agriculteurs les plus en difficulté face aux exigences du marché. L’emploi de mesures protectionnistes dans les pays du sud peut ainsi être souhaitable dans le but d’y favoriser le développement d’une agriculture moderne, à condition toutefois que leur emploi soit ponctuel.
 
Il serait regrettable que les échecs du productivisme agricole n’engloutissent les progrès technologiques réalisés en matière d’agriculture sur les trente dernières années. C’est là la crainte exprimée par Michel Petit. Agronome et économiste de renom, il expose dans son livre pourquoi et comment l’agriculture de demain pourrait à la fois être efficace et productive tout en étant respectueuse des hommes et de l’environnement. Au-delà des carcans idéologiques, ses propos reflètent l’approche pragmatique d’une problématique mondiale et incompressible : celle de la capacité des hommes à subvenir au premier de leur besoin.

Petit Michel, Pour une agriculture mondiale productive et durable, Quae éditions, col. Essais, 2011, 112 p.




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