Crise : l'Histoire a-t-elle piégé l'Homme ?


Mardi 30 Octobre 2012

S'il est courant de voir la crise rapprochée et assimilée à l'idée d'opportunité, il est plus rare en revanche que ce parallèle fasse l'objet d'une exploration méthodique et approfondie. Pourquoi la crise est-elle une opportunité ? C'est à cette question que Myriam Revault d'Allones s'attache à répondre à travers un examen philosophique de l'actualité de ces dernières années.



Crise : l'Histoire a-t-elle piégé l'Homme ?
La Crise sans fin – Essai sur l'expérience moderne du temps (1)propose une approche toute particulière de la crise. Son auteure, Myriam Revault d'Allones, philosophe et enseignante à l'École Pratique des Hautes Études, y délivre en effet une étude philosophique de la crise. Ancrée dans une tradition rationaliste et pragmatique de sa discipline Myriam Revault d'Allones complète ainsi le panel des représentations de la crise contemporaine. Ses conclusions sont d'ailleurs tout à fait originales.
 
D'après l'auteure en effet, la crise est l'évènement historique qui neutralise la capacité de l'homme à appréhender le temps à travers la méthode expérimentale. Comprise comme le temps de l'exception, la crise est en somme un instant de l'histoire situé hors champ. Il est dès lors impossible pour tout observateur de considérer la crise et ses évènements et d'en tirer des conclusions véritablement porteuses de sens pour l'avenir. La crise étant le temps de l'exception, le passé ne peut servir à l'expliquer, pas plus que le moment présent pris dans la crise ne permet d'anticiper le futur.
 
Cette incertitude que véhicule la crise quant à l'avenir est par ailleurs renforcée par un second phénomène décrit par Myriam Revault d'Allones. Il s'agit de l'accélération du temps et des rythmes de vie. D'après l'auteure, ce phénomène est avant tout perceptuel. La crise contemporaine n'est en soi pas fondamentalement différente de toute autre crise ; elle demeure l'instant privilégié de l'invention de solutions nouvelles à des problèmes inédits que les enseignements du passé n'ont pas permis de résoudre. La perception du temps a toutefois considérablement évolué sous l'effet du progrès technologique. L'écoulement dutemps parait ainsi aujourd'hui beaucoup plus rapide qu'il ne l'était autrefois ce dont on peut s'apercevoir on étudiant l'accélération du temps politique et médiatique sur les quinze dernières années.
 
Cette rapidité dans l'enchainement des faits place ainsi l'homme en situation de danger ; un sentiment que les catastrophes naturelles, industrielles et politiques ne font que renforcer. Myriam Revault d'Allones en arrive ainsi à la dernière grande articulation de son raisonnement : la crise plonge l'humanité dans la nécessité de la maîtrise du risque. Face à une histoire dont le cours lui échappe totalement, la société n'a d'autre choix que d'essayer de prévoir les dangers pour mieux y répondre. Condamnant les hommes à avoir toujours une posture de réaction, la crise prive de toute capacité de décision durable dans le temps.
 
À mainte reprise, Myriam Revault d'Allones semble redouter que la crise soit le révélateur d'une perte de contrôle de l'homme sur son destin. Malgré cette crainte de voir l'humanité réduite à l'état d'impuissance, l'auteure continue d'envisager la crise comme un instant de renouvellement et de reconfiguration de l'Histoire. S'il est impossible de prédire lequel de ces deux sentiments triomphera effectivement à l'avenir, il revient en tout cas à Myriam Revault d'Allones d'avoir su capturer l'essence même des doutes qui parsèment notre société à l'heure où la crise influence la vie des groupes humains par delà les frontières. À n'en pas douter, cet effort de philosophie pratique constitue un premier pas en direction de la sortie d'un contexte historique sclérosant que nous ne connaissons que trop bien maintenant.


 (1) REVAULT D'ALLONES, M., La Crise sans fin – Essai sur l'expérience moderne du temps, Seuil, La couleur des idées, 2012, 208 pp..




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