Danielle Desguées, BGE : "On ne naît pas entrepreneur, on le devient"


La Rédaction
Jeudi 28 Juillet 2016

Depuis 1997, BGE organise les concours "Talents de la création d'entreprise". Une démarche qui s’inscrit dans la vocation du réseau d'appui à la création d'entreprises (53 000 parcours d'accompagnement, 18 000 entreprises créées, 30 000nouveaux emplois générés en 2015). Comment? Nous avons posé nos questions à Danielle Desguées, à la tête de BGE PaRif.



cc Pixabay
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Comment sont nés les concours Talents BGE de la Création d’Entreprise et Talents des Cités 2016 ?

Nous avons créé ces concours « Talents BGE de la création d’entreprise » en 1997. Notre but était de promouvoir l’entrepreneuriat à partir de l’exemplarité des parcours de ces créateurs que nous rencontrions tous les jours dans nos espaces d’accueil. Talents met en valeur l'entrepreneuriat dans toute sa diversité géographique, sociale, économique et humaine. Il confirme aussi que la pérennité des entreprises dépend en grande partie de la qualité de l'accompagnement du créateur.

Ce concours s’adresse à tous les entrepreneurs dès lors qu’ils aient été soutenus par un organisme d’accompagnement à la création d’entreprise. La pertinence du projet et son efficacité économique, le parcours du créateur, la qualité de l’accompagnement, l’articulation du projet professionnel et du projet de vie, l’utilité sociale, la dimension collective du projet, etc., sont autant de critères d’évaluation des candidatures. Il présente également une opportunité pour le créateur d’entreprise d’obtenir un soutien financier.
Ainsi, pour un entrepreneur, être désigné « Talent BGE de la création d’entreprise » est un gage de sérieux auprès des banques et des partenaires. C’est également l’occasion pour l’entrepreneur-lauréat de valoriser son activité et se faire connaître à travers une campagne de communication dédiée. C’est enfin un outil pédagogique pour l’entrepreneur-candidat qui doit construire et porter en externe un discours sur son activité professionnelle.
 
En 2003, le ministère de la Ville délègue à BGE l’organisation du concours « Talents des Cités ». Ce concours révèle et récompense des habitants des quartiers : des femmes et des hommes qui ont créé leur entreprise ou leur association dans les quartiers dits de la politique de la ville. Les cités fourmillent de talents, et de véritables projets économiques, culturels ou sociaux créateurs d’emplois voient le jour. Ce concours contribue à la cohésion sociale par l’insertion professionnelle et à la création d’emplois dans des quartiers particulièrement touchés par le chômage. En témoignant de leur expérience, ces créateurs incitent d’autres jeunes à entreprendre.

Le concours « Talents BGE de la création d’entreprise » a pour partenaires la région Ile-de-France, la Mairie de Paris, GAN Assurances, la GSC, la MACIF IDF, PAI Partners, la RAM, le groupe UP et le Crédit Coopératif. Les partenaires nationaux du concours « Talents BGE de la création d’entreprise » sont le Ministère de l’Économie, la Caisse des Dépôts, l'Agefiph, le Crédit Mutuel, Bpifrance, la RAM, le Crédit Agricole, Novancia.
 
Quant aux partenaires « Talents des Cités », on peut citer parmi les partenaires régionaux Ile-de-France du concours « Talents des Cités » : le CGET et la Caisse des Dépôts. Les partenaires nationaux du concours « Talents des Cités » : Ministère de la ville, Sénat, Caisse des Dépôts, BGE, Epareca, Groupe Casino, Safran, CGET, Public Sénat, France Télévisions, Radio France, Club XXIe Siècle, Adie.
 

Comment sont sélectionnés les entrepreneurs et porteurs de projets ? Ont-ils un « profil / parcours type » ?

Près de 400 créateurs d’entreprise ont déposé leurs dossiers de candidatures sur les 2 plateformes dédiées pour postuler aux différents concours régionaux. Des pré-jurys régionaux ont réalisé une première sélection des dossiers et retenu :
  • 5 finalistes dans les 6 catégories du concours « Talents BGE de la création d’entreprise » (Innovation, Artisanat, Commerce, Economie sociale et solidaire, Services, Jeune pousse), soit 30 candidats
  • 10 finalistes dans les 2 catégories du concours « Talents des Cités » (Emergence, Création), soit 10 candidats
Ces 40 finalistes régionaux IDF ont été invités à présenter oralement leur projet le 30 juin dernier devant des jurys composés de professionnels de l’entrepreneuriat, du financement, des experts, etc. Dans chaque catégorie, un lauréat régional a été primé.
 
L’exigence de qualité de la sélection est forte : près de 200 candidats cette année en Ile-de-France pour le concours régional « Talents BGE de la création d’entreprise » ; 7 lauréats au final. Les lauréats régionaux sont automatiquement sélectionnés pour le concours national dont la remise des prix se déroule à l’automne prochain au Ministère de l'Économie.
Près de 150 dossiers ont été déposés cette année en Ile-de-France pour le concours « Talents des Cités » ; 10 finalistes ont été sélectionnés et 2 gagnants désignés.
 
Toutes les histoires de ces créateurs sont bien évidemment différentes mais tous croient en leur projet : ils ont souvent beaucoup risqué pour concrétiser leur rêve, ont travaillé leur projet des mois pour en vérifier la faisabilité, se sont formés à des matières parfois rebutantes, mais qu’ils ont compris comme indispensable pour le succès de leur nouvelle affaire.
Derrière chaque entreprise, on trouve des femmes, des hommes, des équipes, bref, de véritables histoires humaines toutes différentes mais toujours très attachantes.
 
On peut retenir beaucoup d’originalité dans les entreprises de cette édition 2016, de l’innovation, de nombreux projets économiques au service de l’utilité sociale et une dynamique de développement fondée sur un ancrage territorial et une mobilisation citoyenne. Nombre de ces entreprises ouvrent des voies nouvelles en cherchant à produire, consommer et décider autrement.
Les concours Talents souhaitent donner de la visibilité à ces initiatives franciliennes pleines de sens qui inventent les services de demain.

La remise des prix a eu lieu le 30 juin dernier. Un petit mot sur le palmarès ?

9 lauréat ont été primés :
Prix Talents de l’Innovation : AI MERGENCE - Intelligence artificielle, robotique innovante et bureau d’étude... les fondateurs d’AI MERGENCE fabriquent des robots et imaginent le
futur !

Prix Talents de l’Artisanat : LES AFFRANCHIS - Les gangsters gourmets à votre service ! Ces cookies vous feront oublier qu’ils sont sans gluten. Les Affranchis luttent pour le droit à la gourmandise.

Prix Talents de l’Economie Sociale et Solidaire : KARIBATI - La SCOP Karibati développe la filière des bâtiments biosourcés et accompagne tous les acteurs qui souhaitent innover, se développer ou mieux habiter, grâce aux matériaux biosourcés, sur l’ensemble du territoire national ou à l’international.
Prix Talents « Coup de cœur » ESS : KARIBATI - LES TALENTS D’ALPHONSE - C’est LA plateforme collaborative qui met en relation les Alphonse, jeunes retraités passionnés, et les Curieux qui souhaitent apprendre un savoir-faire manuel. Le partage et le DIY sont à l’honneur grâce à des heures de cours à un tarif unique abordable !
Prix Talents du Commerce : LE LUTH DORÉ - Les instruments à corde anciens : luths, mandolines, sont mis à l’honneur par cet entrepreneur lui-même musicien de talent qui valorise les bienfaits de la musique pour tous. Des instruments de qualité et accessibles ? C’est possible grâce au luth Doré.
Prix Talents des Services : GEEV/ADOPTE UN OBJET - Après plus d’un an d’existence sur Facebook, Adopte un objet devient GEEV : la première application mobile de don et de récupération d’objets abandonnés. Le but : leur donner une seconde vie. Les fondateurs ont initié une campagne de crowdfunding qui est déjà un véritable succès.
Prix Talents « Jeune Pousse » : IVAN VERBIZH - Passionné de cinéma et de photographie depuis toujours, cet entrepreneur nous fait voir le monde à travers l’objectif de son appareil photo. Il nous fait voyager et réalise aussi des reportages vidéo pour des institutions culturelles.
Prix Talents des Cités catégorie « Création » : FLANEURZ - Si vous n’avez pas encore entendu parler de Flaneurz, laissez-vous séduire par leur concept aussi esthétique que pratique. Une palette à roulettes qui transforment vos baskets préférées en patins. Very Streetwear !
Prix Talents des Cités catégorie « Émergence » : HAMMAM DE L’EAU DELÀ - Cet entrepreneur est un grand adepte des hammams et souhaite partager cette passion avec la population de son quartier.


 

Avez-vous des nouvelles des anciens lauréats ? Les accompagnez-vous dans la suite de leur aventure entrepreneuriale ?

Oui, les lauréats restent très attachés à BGE. D’ailleurs, 3 anciens lauréats franciliens qui ont également remportés des prix nationaux étaient membres du jury cette année. Leurs entreprises se développent à un rythme soutenu. Ils ont tous créé des emplois et élargissent leurs activités ; l’un développe même son activité de recyclage à l’international.

Ils restent très fidèles à ce concours, surtout les lauréats de « Talents des Cités ». Ils ont gagné des dotations financières, ont eu des articles de presse qui ont fortement contribué à la crédibilité et à la notoriété de leur jeune entreprise. Ils deviennent « Ambassadeur » du concours, coachent à leur tour de jeunes entrepreneurs installés dans les quartiers et eux interviennent en milieu scolaire pour faire part de leur expérience et monter aux jeunes des quartiers qu’on peut, plus qu’ailleurs, entreprendre et réussir si on connaît les dispositifs d’appui et les nombreuses aides à disposition. Un ancien lauréat est devenu élu au Développement économique de sa ville et s’engage au quotidien pour l’entrepreneuriat dans sa commune.
 

Selon vous, les jeunes entrepreneurs sont-ils suffisamment informés, accompagnés ? Quels freins subsistent et pourquoi ?

Aujourd’hui, 7 créateurs sur 10 ne voient personne avant de créer ; on manque culture de l’accompagnement à la création d’entreprise en France ce qui est très regrettable. De nombreux freins persistent aussi : la certitude pour certains habitants des quartiers que rien n’est fait pour eux ; que l’accès au financement est impossible ; que gérer une entreprise est trop difficile dans un environnement réglementaire complexe, etc. Toutes ces idées reçues sont fausses ! Un lauréat « Talents des Cités » avouait que pour lui, c’est une chance que d’avoir grandi dans un quartier, qu’il n’avait jamais imaginé que des d’acteurs étaient à sa disposition pour l’aider dans son aventure entrepreneuriale.
 
Les freins sont essentiellement psychologiques et les médias n’aident pas à changer l’image, de l’entrepreneuriat que des quartiers. Il y a tant de belles histoires entrepreneuriales à raconter ! A BGE, nous les vivons au quotidien : des parcours de vie qui changent brusquement par des personnes qui ont décidé de prendre leur destin en main en créant une activité qui correspond à ce qu’ils sont, ce qu’ils savent et souhaitent faire. Ils écoutent leurs envies, mettent en œuvre leurs compétences et font vivre leurs valeurs ! Ils inventent les produits et les services de demain, souvent créateurs d’emplois non délocalisables car ils répondent à des besoins locaux qu’ils ont clairement identifiés et étudiés.

A quels obstacles les jeunes issus des cités sont-ils particulièrement confrontés ?

Les jeunes des cités n’ont pas confiance en eux et l’image qu’on leur renvoie est souvent très négative. On ne parle des banlieues que quand des voitures brulent ! Pourtant, des entreprises naissent chaque jour, des histoires de vie se transforment grâce à des aventures entrepreneuriales. Tous les jours, partout, des personnes inventent des solutions innovantes pour faciliter la vie des autres : ils créent leur entreprise pour proposer leurs produits et/ou leurs services auxquels ils croient et personne n’en parle.

Il faut investir ces quartiers, en commençant dans les écoles pour faire découvrir aux jeunes ce que d’autres (qui leur ressemblent) ont fait, leur dire que c’est possible, qu’ils peuvent aussi s’autoriser à concrétiser leur rêve.
Les médias ont aussi un rôle important à jouer : ils doivent mettre la lumière sur ces histoires entrepreneuriales pour que tous ces jeunes de quartiers connaissent leur existence et puisse s’identifier et enfin, oser.

Quelles solutions avez-vous développé grâce au réseau BGE ?

Nous avons développé depuis près de 40 ans toute une gamme de services d’appui à l’entrepreneuriat pour encourager l’initiative depuis la naissance de l’idée à la concrétisation des projets, puis de l’immatriculation de l’entreprise à sa pérennisation et à son développement.

Ainsi, nous développons depuis quelques années un Bus de la création d’entreprise qui sillonne les territoires franciliens, et plus particulièrement les quartiers inscrit dans la politique de la ville pour sensibiliser la population à l’entrepreneuriat. Nous sensibilisons les lycéens à l’entrepreneuriat, notamment les décrocheurs scolaires, en les amenant à développer un projet qu’ils doivent ensuite défendre devant un jury ; pour beaucoup, c’est la révélation et souvent un moyen de les encourager à poursuivre leurs études pour se former et réaliser, plus tard, leur projet entrepreneurial. Nous permettons chaque année à des milliers d’entrepreneurs : de réaliser leur bilan de compétences entrepreneuriales, de finaliser l’étude de faisabilité de leur projet, de tester en grandeur réelle leur activité naissante sans prendre de risque grâce à nos couveuses-incubateurs, etc.

Quels conseils donneriez-vous à de jeunes entrepreneurs ?

De croire en eux, de se faire aider et de surtout, ne pas rester seul.
Des structures de conseil sont à leur service pour les aider dans leur aventure entrepreneuriale, pour les accompagner à réfléchir puis construire un business model solide qui dure dans le temps et réponde à leurs objectifs. Ils doivent également se former à leur futur métier d’entrepreneur ; des modules courts et pratiques sont proposés pour progresser rapidement et construire ses outils (de vente, de communication, de gestion, etc).

Tous les candidats à l’entrepreneuriat rêvent d’autonomie ; mais nombre d’entre eux souffrent rapidement d’isolement. C’est difficile de travailler seul et sans cadre établi : ils doivent donc se faire aider et rencontrer d’autres entrepreneurs pour échanger, collaborer et se constituer un réseau. On ne nait pas entrepreneur, on le devient. BGE qui est à leur disposition pour les aider dans ce parcours afin que leur initiative soit un succès le prouve.
 

Danielle Desqguées est D.G. BGE PaRIF Réseau national d’Appui aux entrepreneurs, VP du CESER IDF, Membre du Conseil des partenaires socio-économiques de la Mission de préfiguration de la Métropole du Grand Paris, Présidente du groupe reprise des Assises nationales de l’entrepreneuriat, Membre de la Commission Particulière du Débat Public "Projet de Grand Stade de la Fédération
Française de Rugby".
Elle est également enseignante à l’Université Paris Dauphine, expert pour différentes collectivités sur des programmes de créations d'entreprises et d'emplois et auteur d'articles et d'ouvrages sur le développement économique local et la création d'entreprise.




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