Infatigable Jean-Michel Germa


La Rédaction
Vendredi 14 Mars 2014

Quand Jean-Michel Germa fonde la Compagnie du Vent en 1989, il est armé de son bagage de physicien, et d’une intime conviction : l’avenir est aux énergies renouvelables (ENR). Vingt-cinq ans après avoir lancé la filière éolienne en France, il reste un infatigable défenseur des ENR.



Jean-Michel Germa, fondateur de la Compagnie du Vent et précurseur de l'énergie éolienne en France
Jean-Michel Germa, fondateur de la Compagnie du Vent et précurseur de l'énergie éolienne en France

Le défi originel : produire de l’énergie avec du vent

Dans les années 80, les physiciens de l’énergie se dirigent plutôt naturellement vers le domaine du nucléaire. Mais Jean-Michel Germa choisit une autre voie : celle des énergies renouvelables, et de l’éolien en particulier. « J’ai commencé mon activité dans un contexte relativement réceptif aux propositions de l’éolien, mais tout restait à faire », explique-t-il. Et notamment convaincre les banquiers et les investisseurs, sceptiques quant à la fiabilité, et à la rentabilité de ce mode de production.

Mais Jean-Michel Germa en est un défenseur convaincu, et parvient dès 1991 à installer la première éolienne de France, puis le premier parc éolien du pays, puis encore le premier parc sur le continent africain, au Maroc. Aujourd’hui, ces mêmes financiers auparavant dubitatifs « apprécient les marges opérationnelles des parcs éoliens ». Malgré un coût de démarrage qui peut être élevé, leur rentabilité s’avère en effet particulièrement stable dans le temps. Ce qui conduit désormais les investisseurs à considérer l’éolien comme un placement de fond de portefeuille comme l’explique l’entrepreneur. Et la tendance ne peut que s’accentuer selon lui, puisque les éoliennes n’ont cessé de gagner en compétitivités, avec des puissances unitaires multipliées par dix en l’espace d’une décennie. Entre temps, la Compagnie du Vent a été à l’origine d’une autre filière particulièrement prometteuse : celle de l’éolien offshore.

L’entrepreneur ne veut pourtant pas en rester là. De promoteur de l’éolien, il se fait aussi le défenseur de la cause des ENR en général. Car il déplore de constater qu’en dépit de son intérêt écologique, de sa nécessité à moyen terme, et de son intérêt pour le tissu économique local, le secteur des énergies renouvelables soit en souffrance.

Un combat actif pour la défense des ENR dans une conjoncture difficile

En effet, Jean-Michel Germa n’a de cesse de le marteler : « la transition énergétique est une tendance inéluctable ». Il précise : « Nous y arriverons nécessairement en raison de la raréfaction des énergies fossiles et de la non compétitivité de l’énergie nucléaire à niveau de sécurité acceptable ». Malgré cela, il juge que la filière du renouvelable souffre d’un manque de soutien qu’il dénonce sans relâche. Entre manque de subventions (les énergies renouvelables sont en effet les moins aidées) et imbroglios juridiques, le contexte est particulièrement complexe.

Le tarif d’achat de l’éolien vient par exemple d’être remis en cause par une décision de la CJUE : considéré comme une forme d’aide d’Etat il aurait dû faire l’objet d’une notification à Bruxelles. Un simple point administratif que le gouvernement français n’a pas anticipé… et qui pourtant fragilise le secteur tout entier. Dans le solaire, où opère désormais la Compagnie du Vent chargée en 2012 de l’implantation de 7 centrales solaires par la Commission de régulation de l’Energie, le moratoire sur les tarifs d’achat, associé à un manque de soutien concret de la part du gouvernement, a bien failli signer l’arrêt de mort de la filière en France.

Jean-Michel Germa milite donc pour que l’engagement des gouvernements à l’égard des ENR se fasse plus actif, « vu leur immense intérêt économique et social pour la collectivité ». Il est d’ailleurs monté au créneau récemment pour dénoncer le lobbying des grands énergéticiens européens qui ont récemment appelé à la fin des subventions aux énergies renouvelables : « A un moment où le sens de l'histoire est à la fois de réduire notre empreinte énergétique globale, de valoriser les énergies vertes, ils plaident pour l'utilisation des énergies traditionnelles, la capture du CO2 et le stockage de l'énergie », s’est-il alors exclamé.

De la défense des ENR à la protection des PME

Et de son combat pour la filière du renouvelable, dont il a constaté qu’elle souffrait de l’appétit des grands groupes pour les PME innovantes, Jean-Michel Germa a tiré une analyse plus globale. La France pâtit en effet d’un manque de PME indépendantes et d’ETI, pourtant sources d’emplois, d’innovations et de compétitivité – comme c’est le cas en Allemagne par exemple. Outre-Rhin, les PME et ETI sont protégées contre les comportements prédateurs éventuels des grandes entreprises par des mécanismes élaborés de compensations financières et de pénalités. Jean-Michel Germa a donc proposé que soit modifiée la législation pour que les intérêts des PME soit protégés face aux décisions de leurs actionnaires majoritaires qui ne leur seraient pas favorables. Un projet repris par les députés et sénateurs de l’Hérault qui le défendent actuellement au parlement.

Après plus de deux décennies de combat pour les énergies renouvelables, Jean-Michel Germa continue donc de se faire le défenseur de ses idéaux écologiques, mais aussi économiques et sociaux. Sans afficher le moindre signe de lassitude ou de renoncement.




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