L'associatif revoit ses stratégies et son management


Lundi 16 Décembre 2013

Le secteur de l'associatif et de l'humanitaire n'est pas épargné par un contexte économique difficile : il doit lui aussi revoir ses modes de fonctionnement pour demeurer pérenne. Si quatre associations sur cinq fonctionnent grâce au bénévolat, elles doivent tout de même adopter de nouvelles stratégies pour continuer à mener leurs actions et collecter des fonds. Les partenariats avec le monde de l’entreprise en sont une.



Photo : drewleavy/Flickr
Photo : drewleavy/Flickr

L'univers associatif en quelques chiffres

La France compte plus d'un million d'associations. Les trois quarts perçoivent des subventions de la part de l'Etat et doivent, selon les chiffres 2011, leur bon fonctionnement au bénévolat de seize millions de personnes. Des chiffres qui démontrent que, même en temps de crise, les Français n'hésitent pas à donner de leur temps libre au service d'une cause qui leur tient à cœur : l’engagement personnel ne dépend pas de la conjoncture économique. Si la culture (23%), le sport (16%) et les loisirs (13%) arrivent en trio de tête des associations françaises, le social et la santé les talonnent, avec respectivement 7,9 et 4% des inscriptions d'associations en 2011. Pourtant très présent dans les consciences et dans les discours, le secteur de l'environnement ne représente que 3,7% des nouvelles inscriptions en 2011. Ce sont bien la santé et la solidarité humaine qui arrivent juste après les loisirs.
 
Notons que le secteur associatif génère un nombre important d'emplois. En 2011, 165 000 associations ont employé plus de 1 800 000 de salariés pour une masse salariale de 35,4 milliards d'euros. Si l'on étend les chiffres à l'ensemble de l'économie sociale, on atteint les 10% de la masse salariale totale privée. Dans cette catégorie, c'est le secteur associatif qui représente la part la plus importante, avec 83% des établissements et près de 77% du nombre de salariés. Autant dire que le secteur associatif pèse lourd dans l'économie française et sur le marché national de l'emploi. L'emploi associatif a d'ailleurs progressé de 0,3% sur l'année 2011-2012 et représente 8% de l'emploi salarial privé en France.
 
On le constate donc : le secteur associatif comporte des enjeux financiers importants, et qui ne remettent nullement en question sa valeur éthique. Il est donc logique, passé l'effet de surprise, qu'il se rapproche du monde de l'entreprise. Si, au premier abord, tout éloigne les associations des entreprises, les deux mondes ont en réalité beaucoup en commun. Des associations de grande envergure, comme l'association Française contre les myopathies (AFM Téléthon), n'hésitent pas à communiquer sur  leurs finances selon les modèles utilisés par les grandes entreprises, pour favoriser la compréhension et la transparence. L'heure n'est plus à la lutte frontale entre deux extrêmes, mais à la cohésion solidaire et au soutien mutuel. Les enjeux économiques et sociaux incitent à la sortie de l'individualisme et amènent à rechercher la complémentarité des compétences. Quelle symbiose serait la mieux à même représenter cette notion que celle des associations et des entreprises œuvrant main dans la main ?

Associations et entreprises : des stratégies de partenariat gagnant-gagnant

Le secteur associatif n'est pas le plus affecté par la crise. Cela est notamment dû,  rappelons-le, un apport financier de la part de l'Etat, qui s'élève à environ 12% du financement des associations. Cet apport suscite de nombreuses critiques au sein des associations (et des Français), pour sa répartition parfois obscure ou contestable, et parce que les associations humanitaires ou caritatives sont souvent les premières victimes de coupes budgétaires drastiques. Face à ces contradictions, et plutôt que de s'en remettre à l'institution et de risquer de se voir décrédibilisées par la politique en vigueur, les associations sont nombreuses à se tourner vers le soutien des entreprises.
 
Depuis quelques années, le mécénat d'entreprise donne lieu à de véritables partenariats dynamiques qui augmentent considérablement la visibilité des associations et de leur travail sur le terrain. Cette tendance forte témoigne de l'évolution concrète des mentalités des entreprises et d'une volonté d'engagement éthique. Il suffit de se rappeler pour s’en convaincre que les entreprises sont composées d'hommes et de femmes fiers de s'engager pour une cause et travailler pour une entreprise qui redistribue ses gains à des personnes en difficulté. Au sein même de l'entreprise, soutenir une association peut s'avérer excellent pour la cohésion interne. Soulignons qu'auprès des clients d’entreprises comme Shopi, BNP Paribas, Optic 2000 ou La Poste, entreprises du quotidien et de proximité, l'engagement gagne en crédibilité immédiate.
 
Pour Serge Orru, ancien directeur du WWF France, « il est légitime que les entreprises puissent avoir l’opportunité de s’engager, si elles le souhaitent, aux côtés des associations. Il est aujourd’hui naturel et souhaitable que les entreprises cherchent à être fières de leur participation dans la société. Elles donnent également à leurs salariés la possibilité d’en être fiers ». A titre d'exemple, SFR mène ainsi une action conjointe avec Emmaüs afin d'équiper les plus démunis de services téléphoniques à prix réduits. But de l’opération  : fournir des services de téléphonie mobile et d’accès à internet aux personnes en situation de grande précarité. Le groupe hôtelier Accor s'engage auprès de l'ONG ECPAT pour lutter contre le tourisme sexuel impliquant des enfants : actions de formation des personnels, actions de prévention et de sensibilisation auprès des clients, récolte de fonds au cours de soirées caritatives… La chaine hôtelière poursuit en Asie la logique de son programme « Earth Guest », fédérant au niveau mondial ses actions environnementales et sociétales. Plus proche de nous, la RATP soutient Atelier Sans Frontières dans le cadre de l'insertion sociale et professionnelle de personnes en situation d'exclusion et Microsoft mène un partenariat avec Emmaüs pour favoriser l'accès et la formation à l'informatique dans des centres d'accueil de l'association.
 
Dans le domaine de la santé, l'enseigne Optic 2000, engagée de longue date dans des opérations humanitaires en Afrique, s'illustre également par le soutien apporté au Téléthon. L’engagement de l’Enseigne se déroule tout au long de l’année au sein des magasins du réseau. A chaque achat de paires de lunettes de la collection MODE in France ou de 2èmes paires, 1 euro est reversé à l’Association. L’AFM Téléthon, épaulée par une soixantaine de partenaires nationaux et plusieurs centaines de PME au niveau local, tient à la valeur éthique de ses partenariats, qu'il s'agisse d'Optic 2000 ou de BNP Paribas. Jean-Louis Da Costa, directeur des Ressources et du développement de l'AFM Téléthon, insiste sur la volonté de cohérence souhaitée à travers ces opérations. "Nous souhaitons que les entreprises aient une image qui soit proche des valeurs de notre association. En particulier l'innovation : l'innovation pour guérir". Entreprises et associations se doivent d'œuvrer dans une même direction et dans un référentiel de valeurs commun, afin de ne pas décrédibiliser leur combat.
 
Loin de n'être qu'un maillon de plus dans la chaîne économique, l'associatif a très bien compris comment s'adapter pour survivre et se développer, et où se situait son intérêt. Les associations représentent aujourd'hui une force incontournable dans le paysage éthique des entreprises et un jalon symbolique important, autant aux yeux des clients que pour leurs salariés. En adoptant une stratégie main dans la main, associations et entreprises illustrent un exemple prometteur et "gagnant-gagnant".




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