La deuxième guerre d’Algérie : un cas pratique de guerre d’influence.


Jcôme TIHY
Mercredi 10 Mai 2017

La presse peut-elle faire exploser les relations entre deux pays ? Ce fût pourtant le cas lorsque les médias se sont emparés de l’affaire des moines de Tibhirine, qui a failli faire capoter les maigres relations qu’entretenait la France avec la jeune République Algérienne. Sous la pression d’une opinion publique en émoi, qui avait déjà montré sa puissance lors de la guerre de décolonisation, les pouvoirs s’enflamment. S’ensuit une légende à la réputation tenace sur fond de luttes d’influence. Yves Bonnet, dans La deuxième guerre d’Algérie paru aux éditions VA Press, rabat les cartes de cette histoire obscure. Au-delà d’une critique acerbe des faiseurs de contre-vérité, Yves Bonnet restitue le contexte d’un évènement trouble vécu de l’intérieur en tant que directeur de la DST (aujourd’hui DGSI, direction générale de la sécurité intérieure). Mais il nous livre aussi une réflexion sur la possibilité de dialogues humains entre croyants et agnostiques, qui dépassent les conflits étatiques, où les français et algériens en quête d’espoir se retrouveront pour regarder leur passé sans ambiguïté.



La deuxième guerre d’Algérie : un cas pratique de guerre d’influence.

Quel a été, selon vous, le fil des événements ? 

Avec toute la publicité qui s'est faite autour de l'enlèvement, les ravisseurs ont réalisé qu'ils avaient peut-être entre les mains une monnaie d'échange… Ils voulaient obtenir la libération des leurs détenus par les autorités algériennes. Les moines sont restés 53 jours en détention. Ils n'ont probablement pas été maltraités. On les obligeait à des déplacements incessants parce que l'armée battait la campagne pour les retrouver. Puis il y a eu des tractations engagées avec l'ambassade de France et elles ont mal tourné. Cette histoire a été vérifiée et racontée dans la presse algérienne mais la presse française n'en a jamais fait état.

Quels sont les points d’ombre qui subsistent dans cette douloureuse
affaire ? 


Deux doutes subsistent. S'agit-il d'un enlèvement considéré comme tel par les ravisseurs ou bien le GIA est-il venu les chercher pour demander assistance car l'un d'entre-eux était médecin, version que les moines du monastère encore en vie m'ont racontée. Une autre question importante est de savoir s'ils ont été décapités vivants ou post-mortem. Toutes les autres ont été réglées.

 

La deuxième guerre d’Algérie : un cas pratique de guerre d’influence.
Comment enquêter sur une affaire qui fait intervenir deux pays, l’armée, l’Eglise et des groupes terroristes de manière assez obscure ? Quels ont été vos principales sources de documentation, en-dehors de votre expérience personnelle ?

Les deux. Je suis allé à plusieurs reprises à Tibhirine pour rencontrer un certain nombre de gens. J'ai sollicité des expertises et enquêté auprès des Français qui ont été mêlés à cette affaire, en particulier mes anciens collaborateurs de la DST. J'ai aussi vu le dossier algérien grâce à mon ami, qui était chef du service du renseignement algérien.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans une enquête de cette ampleur, synthétisé dans votre livre La deuxième guerre d’Algérie (les zones d’ombre de la tragédie des moines de Tibhirine enfin levées), et pourquoi le faire maintenant, plus de 20 ans après cet assassinat ?

C'est une affaire que je connaissais. J'ai vu des livres sortir, des témoignages, des racontars…. Ça a fini par m'énerver. Puis le dossier pesait de manière excessive sur les relations franco-algériennes. Donc j'ai pris la décision, il y a 3 ou 4 ans, d'écrire ce livre. En raison de mes connaissances là-bas, j'ai eu beaucoup plus de facilités pour obtenir les informations.


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