« La filière Silver se développera si les entreprises jouent collectif »

Entretien avec Valérie Bernat, AFNOR


La Rédaction
Mercredi 23 Décembre 2015

Valérie Bernat anime, au sein d’AFNOR, un groupe de réflexion sur la Silver économie. Depuis 2013, il réunit plus de 100 représentants d’organismes, d’entreprises de secteurs très variés et de représentants de l’Etat. Tous ont un intérêt direct à s’impliquer en normalisation pour structurer la filière, le marché selon les attentes des consommateurs. Interview.



Les artisans et les commerces de proximité sont-ils concernés par le projet piloté par AFNOR ?

Evidemment. Le vieillissement de la population entraîne une forte augmentation de la demande en matière d’adaptation des logements, d’accès à une offre de services et de produits spécifiques, afin de retarder ou d'accompagner la perte d’autonomie et faciliter le maintien à domicile. Cette demande devrait doubler en l’espace d’une vingtaine d’années.
 
Les entreprises de l'artisanat et du commerce de proximité sont de plus en plus nombreuses à mettre en commun leurs compétences et leurs moyens, en développant des  groupements temporaires et de coopératives. Participer à la rédaction de normes d’application volontaire est une suite logique. Néanmoins, leur participation mériterait d’être renforcée afin que leurs spécificités soient bien prises en compte. C’est en dépassant les initiatives individuelles et en définissant collectivement des critères de qualité et de sécurité, pour les produits et les services, que chacun pourra se développer sur ce qui demeure un immense marché en devenir.
 
 

AFNOR a publié un rapport intégrant un état de l’art de toutes les normes existantes, qu’en retenez-vous ?

Ce rapport propose en effet un panorama étendu de tous les référentiels privés, des normes volontaires existants au niveau national, européen et international hébergement pour personnes âgées, services à domicile, téléassistance….). C’est une mine d’informations pour identifier les textes existants et les projets dans lesquels il serait stratégique, pour les artisans par exemple, de s’investir. De l’accessibilité aux enjeux techniques pour les interfaces utilisateurs, il y a un besoin évident de démarche transversale de façon à faciliter la prise en compte, en continu, de l’innovation et à organiser l’interopérabilité des systèmes, dispositifs, données… Ceci ne pourra être fait sans toutes les parties concernées.
 

Quelles sont les priorités identifiées ?

Il n'y a pas d'activité de normalisation spécifique aux seniors, puisque par définition, ce qui profite aux seniors profite également aux autres tranches d’âge de la population.
 
Des projets sont déjà engagés et peuvent être rejoints facilement. Je pense notamment à la qualité de service en téléassistance, à l’émergence des objets connectés et de la sécurité des données qui en découle et à la qualité de service dans les transports. Le champ de la mobilité est immense : aide à la conduite, systèmes d’alerte pour vitesse excessive ou développement de signaux acoustiques et tactiles pour les feux de circulation…
 
Nous étudions aussi plusieurs pistes, qui se concrétiseront prochainement par la création de nouveaux groupes de travail concernant les services et la santé. Des demandes nous arrivent à propos de la thérapie à domicile et les objets connectés évidemment. Les technologies de l’information, appliquées à la robotique, posent d’immenses questions sur la confidentialité des données personnelles, que la réglementation ne peut définir seule. C’est aux acteurs concernés de s’accorder sur des critères pour autoréguler leurs pratiques.
 
Les consommateurs demandent aussi des réponses à la problématique de la conception, de la  manipulation et de lisibilité des emballages des produits qui posent parfois des problèmes à l'ouverture des conditionnements, notamment pour certains emballages dotés de systèmes d’ouverture sécurisés.

Enfin, et j’en arrêterai là, l’allongement de la vie suppose encore et toujours que le cadre professionnel soutienne les salariés pour exercer leur travail dans de bonnes conditions. Des réflexions sont engagées pour former les employeurs sur ces questions.
 

La France est-elle en avance par rapport à ses voisins européens ?

Un des objectifs de la stratégie européenne pour 2020 est de recentrer la politique de R&D et d’innovation sur les défis que notre société doit relever dont la Silver économie fait partie.

Jusqu’à présent, la France se positionne timidement par rapport à ses voisins européens qui sont aujourd’hui très mobilisés sur ce sujet. Par exemple, la Suède a adopté une stratégie proactive en proposant, en 2014, la mise en place du comité technique européen sur les chaînes de services pour les alarmes de soin individuel. L'organisme de normalisation autrichien a été à l’origine d’un projet sur les services de foyers-logement pour personnes âgées. L'organisme de normalisation britannique, en partenariat avec l'HIP (The Institute of Healthcare Innovation Project) de Tokyo vient de lancer un accord international sur les services de santé et de soins pour répondre  aux besoins des âgés. Vous le voyez, le train est lancé : il revient à tous les acteurs économiques français de sauter dedans !

Consulter le rapport AFNOR sur la silver économie http://www.afnor.org/liste-des-actualites/actualites/2015/juillet-2015/le-rapport-afnor-sur-la-silver-economie-identifie-9-secteurs-cles-pour-repondre-aux-besoins
 




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