« La philanthropie ne peut se développer que si elle est gérée par des professionnels»

Entretien avec Francis Charhon, directeur général de la Fondation de France


Roxane Lauley
Vendredi 2 Octobre 2015

Philanthropie: sentiment qui pousse les hommes à venir en aide aux autres. Si le concept n'est pas récent, il a su évoluer pour trouver un écho toujours plus retentissant dans notre société. Mais qui sont aujourd'hui les nouveaux philanthropes? Quelles formes prend la philanthropie en 2015? Françis Charhon, directeur général de la Fondation de France, le premier réseau de philanthropie en France, a accepté de répondre à nos questions. Entretien.



Crédit: Fondation de France
Crédit: Fondation de France
Quel est aujourd’hui l’état de la philanthropie en France?

Selon les chiffres de Bercy, la philanthropie augmente de 2 à 3% par an en France. C’est une belle progression. Les hommes et les femmes ont vraiment à cœur de donner pour soutenir des causes diverses comme la recherche médicale, la culture ou l’action sociale. Il y a un réel mouvement de fond qui dépasse largement la seule incitation fiscale. Certes, nous avons une des fiscalités d’Europe les plus favorables et c’est une excellente chose. Mais si l’acte philanthropique croît, c’est dans le but de rendre service à la société. On retrouve la mentalité des pays du nord et des anglo-saxons, où les citoyens s’engagent pour la société.
Cette dynamique est également le fruit d’un travail assidu de l’ensemble des professionnels de la philanthropie, dont la Fondation de France qui œuvre depuis plus de 40 ans à faire connaitre les actions des mécènes, particuliers et entreprises. Il s’agit de montrer aux Français qui veulent s’engager qu’ils ont aujourd’hui tous les moyens de le faire sur le plan technique, que ce soit sous la forme d’un don ou en créant un fonds de dotation ou une fondation. Le mouvement philanthropique est très vaste.
 
Au cœur de ce mouvement, quelle place occupent les fonds et les fondations ? Quels sont leurs domaines d’action privilégiés ?

Il existe deux types de fondations. Les fondations opératrices, qui gèrent des établissements d’intérêt public, comme la fondation d’Auteuil ou l’institut Pasteur. Les fondations de redistribution, comme la Fondation de France qui reçoit de l’argent puis alloue ces fonds dans divers domaines après expertise des dossiers. Les fondations ne sont qu’un secteur de la philanthropie mais il s’agit d’un secteur en pleine croissance comme le montre notre dernière étude Fonds et Fondations 2015. Elle permet d’analyser et de mieux connaître l’ampleur et les actions de la philanthropie privée. Et force est de constater qu’entre 2009 et 2014, la croissance des fondations a augmenté de 43 %, portant à 2229 leur nombre actuel en France. De plus, 2000 fonds de dotation ont vu le jour depuis la création de ce statut en 2009.

Cette augmentation sensible des fondations est due à la stabilité fiscale qui perdure depuis 2009 et a un impact très favorable sur les donateurs. Aussi l’ensemble des dépenses annuelles des fondations se porte à 7.4 milliards d’euros. Ce montant permet de financer des actions utiles et solidaires. La majeure partie va dans la gestion des établissements d’intérêt public. La distribution pure de fonds est environ d’un milliard et demi d’euros.

Le principal domaine dans lequel les fondations interviennent est l’action sociale, en nette augmentation ces 4 dernières années : elle  mobilise aujourd’hui 29% d’entre elles, contre 20% entre 2001 et 2009. Parmi les autres domaines, la recherche médicale reste stable (autour de 18%). La culture a quant à elle baissé passant de 20 à 17% comme l’enseignement supérieur qui accuse un léger recul. De plus, nous constatons que les philanthropes sont de plus en plus jeunes et en activité. Ces résultats sont très encourageants et permettent aux fondations, d’être un acteur de poids sur le plan économique.
 
Depuis plus de 40 ans, la Fondation de France accompagne les entreprises et les particuliers dans leur projet philanthropique. Quels sont selon vous les critères à prendre en compte afin de bien choisir son projet ?

La démarche philanthropique est personnelle et singulière. L’entreprise ou le particulier doit choisir le domaine d’action qui le touche le plus. Quel champ ai-je la volonté d’investir ? C’est la question que tout philanthrope doit se poser. En outre, la question du territoire est importante : la plupart des entreprises investissent localement, avec une réelle volonté d’aider leur environnement proche et de placer la question sociale au cœur de leur démarche. Elles peuvent également s’associer autour d’une cause commune afin de démultiplier les synergies.

Il convient également de se poser la question du suivi des projets soutenus. Un mécène veut être sûr que son argent soit justement employé. Aussi, il va se diriger vers les acteurs qui lui offrent le meilleur suivi grâce à des comptes rendus réguliers. Et garantir l’utilisation des fonds participe d’un système vertueux qui encourage la philanthropie.

C’est pourquoi la philanthropie ne peut se développer que si elle est gérée par des professionnels, que ce soit en matière de recherche de fonds, de gestion de projet ou de fiscalité. Il importe de faire appel à des gens dont c’est le métier. Forte de 45 ans d’expérience, la Fondation de France est le premier réseau de philanthropie en France. Notre réseau réunit des fondateurs, des donateurs, des experts bénévoles et des milliers d’associations. Nous intervenons de deux façons : à  travers nos propres programmes d’actions, et à travers les 775 fonds et fondations que nous abritons. Avec 7 délégations régionales, notre réseau couvre toute la France, afin d’être en prise directe avec les enjeux locaux.
 
L’heure serait-elle donc celle de l’affirmation du rôle social de l'entreprise?

Aujourd’hui la RSE est  devenue incontournable et le  rôle social de l’entreprise s’affirme de plus en plus. L’engagement philanthropique n’est pas encore complètement dans leur ADN mais la mutation génétique est peut-être pour bientôt. Car plus que jamais, les entreprises veulent apporter leur contribution à l’intérêt général.
 

Crédit: Fondation de France
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