Les « conflits gelés » de l’espace postsoviétique : un indépendantisme en pause ?


Jeudi 13 Septembre 2012

Situés au cœur du « proche étranger » russe, l’Ossétie du Sud, l’Abkhazie, la Transdniestrie et le Haut-Karabakh sont des régions autonomes non reconnues, mais des États de fait. Leur statut ambigu est la source de conflits larvés vieux d’une vingtaine d’années en Europe de l’Est. La ressemblance de ces conflits et leur longévité inhabituelle conduit Xavier Follebouckt, chercheur en Relations Internationales à l’Université de Louvain, à parler de Conflits gelés dans l’espace postsoviétique (1). Son dernier livre leur est ainsi consacré.



Les « conflits gelés » de l’espace postsoviétique : un indépendantisme en pause ?
L’Ossétie du Sud, l’Abkhazie, le Haut-Karabakh, la Transdniestrie : voilà plusieurs dizaines d’années maintenant que le nom de ces régions bordant le territoire russe apparaît régulièrement dans les colonnes à l’occasion d’un affrontement. Ces anciennes régions autonomes se sont en effet toutes proclamées indépendantes à la faveur de la chute de l’URSS. De 1991 à 1994, elles ont également toutes pris les armes pour défendre leur indépendance, mais n’ont jamais été reconnues par la communauté internationale. Devenus des États souverains de facto,  l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie sont pourtant toujours considérées comme appartenant à la Géorgie, le Haut-Karabakh à l’Arménie et la Transdniestrie à la Moldavie.
 
Spécialiste de l’espace postsoviétique, Xavier Follebouckt réalise dans son ouvrage un travail de contextualisation rigoureux. On ne peut que saluer l’effort de l’auteur en la matière puisqu’il parvient à présenter de façon claire et précise le cadre historique et économique de ces quatre « conflits gelés » en dépit de leur grande diversité. L’auteur délivre en effet des éléments fondamentaux pour comprendre le discours et les revendications de ces territoires séparatistes. En dépit de leur passé commun au sein de l’empire russe, les conflits caucasiens ont par exemple largement cristallisé autour d’épisode de souveraineté concédé par la domination soviétique au début du XXe siècle. En Transdniestrie où par exemple près de 87 % de l’électricité moldave et où se concentre une partie significative du tissu industriel de Moldavie, ce sont les données socio-économiques qui servent de pivot au discours indépendantiste.
 
En dépit de la variété des discours, un point commun rassemble évidemment ces « conflits gelés » : tous naissent de la contradiction entre la volonté de souveraineté des populations locales et celle d’un pouvoir central qui entend faire reconnaître les frontières légitimement héritées du démantèlement de l’URSS. Les problématiques qui parcourent ces conflits sont ainsi apparentées. Elles constituent d’ailleurs une bonne illustration des stratégies que les petites puissances emploient pour obtenir le soutient d’hégémon local, ici la Russie, pour parvenir à leur fin sur la scène internationale.
 
Les conflits gelés dans l’espace postsoviétique constitue un excellent ouvrage de présentation de ces conflits d’un genre particulier. Xavier Follebouckt en expose les enjeux politiques, sociaux et économiques et fournit ainsi un éclairage sur cette problématique régionale complexe. Leur étude constitue par ailleurs un bon angle d’attaque pour mieux comprendre les critiques faites à la Russie et au pays d’Europe de l’Ouest au sujet de leur posture diplomatique à l’égard de l’indépendantisme européen. En effet, les « conflits gelés » sont un révélateur d’une forme de contradictions internationales lorsqu’on les rapproche leur histoire de celle de la trajectoire du Kosovo. Ils constituent encore aujourd’hui un sujet de division sur la scène internationale et suggèrent donc, contre tout idéalisme, que le concept de raison d’État est loin d’être enterré.



(1) FOLLEBOUCKT, X., Les conflits gelés dans l’espace postsoviétique, 2012, Presses Universitaires de Louvain, 276 pp..




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