Les programmes formels d’accompagnement : un état des lieux

Les organisations comme gardiennes de mémoire


Danièle Boulard
Mercredi 9 Novembre 2016

Cette tribune s’adresse à tous ceux et celles qui sont intéressés au développement professionnel et social des individus et à toute entreprise qui se questionne sur les possibilités de conserver les savoirs de l’entreprise. Il s’agit ici de mettre en valeur l’importance des organisations par rapport à leur responsabilité sociale : celle d’améliorer l’intégration de ses employés et de laisser un legs à la relève, tout en reconnaissant l’importance de perpétuer le réservoir des savoirs des organisations.



Un état des lieux des programmes formels

Dans une société comme la nôtre où tout ce qui compte est « l’instant présent » et où tout semble éphémère; il est plus que temps de revisiter l’histoire des pratiques et de conserver les façons de faire et d’être des organisations.
 
On retrouve un peu partout dans le monde ce genre de programmes que l’on qualifie le plus souvent de mentorat, mais que nous appellerons dans cette tribune d’accompagnement. Voici un état des lieux de quatre endroits dans le monde.  
 
Commençons par les pratiques aux États-Unis et ce pour plusieurs raisons : ils font partie d’une culture anglo-saxonne qui se donne comme mission de mettre en place des structures et des normes facilitant le développement d’activités de croissance, de niveau professionnel, social ou communautaire. Afin d’illustrer ce genre de pratiques, voici deux exemples : l’université Michigan (centre de recherche pour l’apprentissage et l’enseignement) et l’université Wisconsin (l’accompagnement pour les facultés d’enseignement) disposent de programmes formels pour les étudiants.
 
Traversons outre-Atlantique, en Angleterre, l’essor des programmes s’est amorcé après celui des États-Unis. Clutterbuck (2007)  [1] fait état du mouvement « migratoire » des programmes d’accompagnement. Après avoir passé dans les années 80, un certain temps aux États-Unis, cet auteur a traversé l’océan pour développer ces pratiques en Angleterre, Afrique du Sud, Australie, Turquie, et bien d’autres endroits. Mentionnons deux projets de nature mondiale et multinationale qui ont fait leur preuve en Angleterre:
  • Aider une banque mondiale à développer des programmes d’accompagnement afin de soutenir vingt (20) groupes ethniques à travers le monde.
  • Aider, par le biais de programmes, une multinationale manufacturière à passer d’une culture de production à une culture de gestion.
Ces projets mettent en relief les questions de diversité et pluralisme. Il faut se le rappeler qu’en territoire britannique, Londres est considérée comme une ville internationale représentant un « microcosme d’un monde tout en diversité » et ce monde est plus diversifié que toute autre ville (Paré, 2009, p. 191-192) [2] . L’importance de ces enjeux explique les efforts du gouvernement britannique de privilégier les programmes destinés à faciliter l’insertion des immigrants répondant à des besoins pragmatiques et situationnels.
 
Ensuite, comme le Canada est très proche voisin des États-Unis, les universités McGill et Concordia dans la région montréalaise, ont suivi le même courant en instaurant des programmes favorisant l’intégration des étudiants dans le domaine scolaire et professionnel. Malheureusement, les universités francophones comme l’Université du Québec à Montréal et l’Université de Montréal ont de la difficulté à suivre le pas pour plusieurs raisons que nous évoquons dans notre thèse [3] .
 
Disons-le, les programmes d’accompagnement ne connaissent pas la même popularité en France ou au Québec qu’aux États-Unis et en Angleterre. Pourtant si peu éloigné  de l’Angleterre,  il existe peu d’organisations qui utilisent ce type de pratiques comme un outil organisationnel. Voici deux firmes qui s’apparentent à ce genre de pratiques :
  • Le cabinet Alterval [4] , situé en France, se donne le mandat de travailler auprès d’entreprises qui ont un problème de relève, dans une stratégie de transmission et de capitalisation des connaissances. Malheureusement, cette entreprise n’existe plus depuis deux ans et nous ne sommes pas en mesure d’expliquer les principales raisons. Mais comme nous disions auparavant, la culture francophone a plus de difficulté à suivre ce mouvement.
  • « L’Institut du Mentorat entrepreneurial »[5] , aide les jeunes PME à bien négocier le cap de la croissance de leur entreprise.
 
Bref, la première organisation a comme objectif de promouvoir la transmission des savoirs au sein des entreprises afin de créer un pacte de solidarité entre les générations et la dernière consiste plus à recevoir de l’accompagnement d’un réseau de professionnels.
 
Tant sur le terrain des pratiques sociales que sur celui des savoirs des chercheurs, l’accompagnement ne tient pas la première place d’intérêt ou de préoccupation à plusieurs endroits du monde. Même si la France connaît à ce jour des problèmes de relève, d’immigration et de diversité culturelle,  celle-ci semble avoir une certaine résistance à adopter ce genre de programmes formels comme outil organisationnel et d’intégration. Nous savons tous que pour que ces programmes existent et perdurent, on doit y retrouver des bienfaits tant au niveau des organisations que des accompagnateurs ou des protégés. C’est ce que nous élaborerons dans notre prochaine rubrique.

 
  

[1] Clutterbuck, D. et B.R. Ragins. 2002. Mentoring for diversity: an international perspective. Oxford: Butterworth Heinemann. 301 p.
[2] Paré, Sylvie (2009) Diversité et pluralisme À Montréal : des perceptions, des faits. Dans Pierre Delorme, Montréal aujourd’hui et demain, Politique, urbanisme, tourisme, Éditions Liber, pp. 191-202.
[3] Voir portail duguay.org pour consulter ma thèse qui traite plus en profondeur ces aspects.

Danièle Boulard est détentrice d’un baccalauréat en psychosociologie (1997), d’une maîtrise en communication (2000) et d'un doctorat en communication (2012) tous les trois obtenus à l’Université du Québec à Montréal.Son mémoire de maîtrise porte sur les relations entre le mentor et le protégé et les attentes de ces deux acteurs au sein d’une relation mentorale; sa thèse de doctorat quant à elle présente le mentorat comme outil d’intégration des immigrants.Actuellement chercheure autonome, elle travaille depuis 2004, avec les équipes de recherche du professeur Benoit Duguay ; elle a été impliquée dans plusieurs études réalisées pour la Ville de Montréal et d'autres organismes. Elle a précédemment fait carrière au sein d'une entreprise multinationale en formation professionnelle, entre autres comme directrice des services aux étudiants puis comme directrice de succursale.

Retrouvez Danièle Boulard sur http://duguay.org/db/




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