Les robots menaceraient-ils l’emploi des humains ?


Jcôme TIHY
Mardi 18 Avril 2017

Il semblait que la théorisation du processus de « destruction créatrice » par Schumpeter avait enterré toute crainte de voir les robots voler le travail de l’homme. Si, dans le métro, le poinçonneur des lilas a disparu au profit des portails automatiques, cette évolution a permis la création de nouveaux types emplois. Cependant, plusieurs études récentes dressent un constat critique laissant planer la menace d’une raréfaction du travail pour les humains.



Les robots menaceraient-ils l’emploi des humains ?
Le processus de destruction créatrice et sa remise en question

Chacun se souvient des cours d’économie du lycée et des conséquences du progrès technique et technologique sur l’emploi. Elaborée au cours de la seconde révolution industrielle par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, la théorie de « destruction créatrice » repose sur l’idée que l’activité économique est gouvernée par un phénomène de destruction et restructuration des activités productives. Selon l’auteur, «le nouveau ne sort pas de l’ancien, mais à côté de l’ancien, lui fait concurrence jusqu’à le nuire». Ces évolutions ont automatiquement un effet sur l’emploi. A court terme, elles réduisent le nombre de postes mais se traduit dans un second temps par un solde positif en matière d’emplois.

Cependant, ce modèle pose la question de la capacité du système économique à repenser son mode d’organisation. D’autant plus que la vitesse de l’obsolescence liée au développement fulgurant des nouvelles technologies, presse le système à se muer de plus en plus rapidement. Ces évolutions « nécessitent […] de modifier les modes de management à l’intérieur de l’organisation, pour passer d’entreprises ultra-hiérarchisées, comme le préconisaient les modèles industriels japonais des années 80, aux nouvelles modèles collaboratifs de « flat organisation » (1) ». De plus, « cela rend indispensable de repenser l’organisation du travail, construite depuis 150 ans autour d’un modèle salarial qui semble ne plus systématiquement répondre aux enjeux de notre temps (2) ».  Par exemple, il faut avoir à l’esprit « le nombre croissant d’autoentrepreneurs dans l’artisanat, ou de consultants dans les métiers de service, les technologies numériques sont également des vecteurs d’externalisation du travail salarié vers le travail indépendant (3) ».
 
L’impact négatif de la robotisation sur l’emploi

La difficulté pour les entreprises à absorber ces progrès et à faire face au remplacement des machines par l’homme remet sérieusement en cause la pertinence de la théorie schumpetérienne. Récemment encore, le National Bureau of Economic Research a publié une étude réalisée par deux économistes du MIT et de la Boston University, Daron Acemoglu et Pascual Restrepo. D’après ces derniers, la robotisation a eu des impacts inquiétants sur l’emploi, « des effets négatifs massifs (4) » aux Etats-Unis avec l’élimination de 670 000 postes dans l’industrie manufacturière entre 1990 et 2007.

Plus précisément, sur cette même période, le nombre de robots dans l’industrie a été multiplié par 4 aux USA. Aussi, ce niveau d’automatisation « a conduit à une diminution de la proportion de salariés sur l’ensemble de la population de 0,18% à 0,34%. Ce qui correspond à la disparition de 5 à 6 postes pour 1000 employés (5) ». Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le cabinet Roland Berger estimait en 2014 que dans 10 à 15 ans, en France, environ 42% des emplois seraient menacés. Si certains assurent que l’autonomisation croissante conduira inéluctablement à la création de nouveaux emplois de meilleure qualité, il n’en demeure pas moins qu’un nombre important d’emplois ouvriers, accessibles en théorie aux personnes les moins qualifiées, risquent de disparaître.

Un impact à nuancer

Si la crainte est bien réelle, d’autres études relativisent l’impact négatif de la robotisation sur l’emploi. En France, le Conseil d’orientation pour l’emploi, instance rattachée aux services du Premier ministre, a publié un long rapport concluant que seuls 10% des emplois en France sont menacés par l’automatisation. Cette différence de 32 points s’explique selon le rapport par le fait que « les études prospectives existantes cherchent à mesurer les destructions brutes d’emplois et ne prennent pas en compte les créations d’emplois –directes ou indirectes- liées au numérique et ne permettent pas d’estimer l’effet global net sur le niveau de l’emploi (6) ». En outre, d’autres explications peuvent être avancées. Le nouveau gouvernement américain estime, par exemple, que les disparitions d’emplois « sont dues aux importations de produits étrangers à bas coût, aux délocalisations et à l’embauche de travailleurs immigrés ».
 
Néanmoins, si l’impact de la robotisation sur le taux d’emploi semble devoir être à relativiser, l’accélération du progrès technique d’une part et la création de machine toujours plus performante d’autre part, bousculent bien plus le monde du travail qu’il y a quelques décennies. A moins, que la modernité définie par Jérémy Rifkin, sonne la fin du travail, « la nouvelle économie numérique n’ayant de limite que notre imagination (7) », nous devrons faire œuvre d’anticipation et de vision. D’autant plus que selon une étude du cabinet américain Wagepoint, 60% des métiers qui seront exercés en 2030 n’existent pas encore actuellement.
 
  1. http://www.zdnet.fr/actualites/entre-metiers-du-numerique-et-numerisation-des-metiers-l-innovation-au-service-de-l-emploi-39851096.htm
  2. http://www.zdnet.fr/actualites/entre-metiers-du-numerique-et-numerisation-des-metiers-l-innovation-au-service-de-l-emploi-39851096.htm
  3. http://www.zdnet.fr/actualites/entre-metiers-du-numerique-et-numerisation-des-metiers-l-innovation-au-service-de-l-emploi-39851096.htm
  4. https://www.lesechos.fr/industrie-services/industrie-lourde/0211925732365-une-etude-alerte-sur-limpact-de-la-robotisation-sur-lemploi-2076236.php
  5. https://www.lesechos.fr/industrie-services/industrie-lourde/0211925732365-une-etude-alerte-sur-limpact-de-la-robotisation-sur-lemploi-2076236.php
  6. http://www.france24.com/fr/20170112-rapport-relativise-impact-robots-emploi-debat-revenu-universel-primaire-gauche-coe
  7. http://www.zdnet.fr/actualites/entre-metiers-du-numerique-et-numerisation-des-metiers-l-innovation-au-service-de-l-emploi-39851096.htm
 
 




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