Paul Krugman : la crise explicitée


Mardi 5 Juin 2012

Prix Nobel d’économie 2008 et Docteur en Économie diplômé du MIT, Paul Krugman a connu la gloire grâce à ses travaux sur la finance et le commerce international. Blogueur influent et chroniqueur au New York Times, cet économiste américain développe des thèses qui contrastent subtilement avec les canons du libéralisme. Son dernier ouvrage intitulé End this depression now ne fait pas exception.



Paul Krugman : la crise explicitée
Présenté comme un néo-keynésien, Paul Krugman n’en reste pas moins attaché aux thèses libérales et au principe de la mondialisation. Observateur critique des politiques interventionnistes, il soutient que le consommateur bénéficie du libéralisme qui favorise la diversification des productions mondiales. On comprend moins la richesse des thèses de cette économiste, auteur d’une vingtaine d’ouvrages et de quelque 200 articles de recherche, en les rattachant à une école de pensée qu’en ne les rapprochant les unes des autres comme les éléments d’un tout cohérent.
 
C’est ce prisme d’analyse très personnel que Paul Krugman a appliqué à la situation de crise économique contemporaine. Ces observations sont consignées dans End this depression now où l’auteur, fidèle à son attachement à l’Histoire économique dresse notamment de puissants parallèles avec des précédents bien connus de dysfonctionnements économiques.
 
À cet égard, l’auteur développe des propos particulièrement percutants au sujet des politiques d’austérité. Pour Paul Krugman en effet, l’austérité est un mécanisme véritablement stérilisant pour l’économie. Il en condamne le principe et illustre son propos à travers un exemple : dans un système coopératif où l’échange de services repose sur la circulation de moyens de paiement, la rétention de ces derniers par l’un des acteurs conduit à étouffer le système. Le message de Paul Krugman est ainsi limpide : le pouvoir libératoire de la monnaie repose finalement sur un principe de réciprocité des échanges que l’austérité entrave dangereusement.
 
Paul Krugman reprend ainsi le concept keynésien de trappe à liquidité et s’en sert pour expliquer en quoi les politiques d’austérité contribuent à faire des institutions politiques et financières des poids morts en temps de crise. L’économiste préconise en conséquence la reprise des dépenses étatiques et prend le contrepied direct de partisan d’un remboursement systématique des dettes publiques. « Le danger réel avec la dette intervient quand beaucoup de gens choisissent ou sont forcés de rembourser en même temps », explique-t-il. En outre, l’auteur avance que le Japon et les États dont les notes ont été dégradées par les agences de notation n’ont en conséquence pas subi de contrecoups économiques particuliers.
 
Le développement de Krugman sur les politiques d’austérité ne constitue qu’une fraction du propos contenu dans End this depression now. Cet ouvrage est en effet une tentative réussie de contextualisation historique de la crise contemporaine, retraçant l’histoire de la dérégulation bancaire, expliquant son accélération dans les années 1980, ou encore démythifiant la réalité du partage de la croissance en ce début de XXIe siècle. La force de cet ouvrage tient autant dans la plume que dans la rigueur de la pensée de l’auteur qui parvient à rattacher systématiquement son analyse historique à une observation critique formulée à l’égard de la situation économique contemporaine. End this depression now s’impose ainsi comme un précieux outil de compréhension des paradoxes économiques qui parcourent notre époque.
 




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