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 <title>SenseMaking</title>
 <subtitle><![CDATA[Mettre des mots sur un monde en mouvement: les sciences humaines en question ]]></subtitle>
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 <updated>2026-06-11T18:36:53+02:00</updated>
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   <title>Serge Moscovici: de la déviance à l'innovation minoritaire</title>
   <updated>2022-01-28T10:20:00+01:00</updated>
   <id>https://www.sensemaking.fr/Serge-Moscovici-de-la-deviance-a-l-innovation-minoritaire_a432.html</id>
   <category term="Société" />
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   <published>2022-01-04T17:10:00+01:00</published>
   <author><name>Olivier Meier, Professeur des Universités - LIPHA Paris Est</name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Comment une minorité peut-elle exercer une influence sociale sur un groupe ou sur une majorité, alors qu'elle ne jouit pas d'une autorité suffisante et de dispose pas des mêmes ressources informationnelles et matérielles que les autres ? Telle est la question à laquelle cet article tente de répondre à travers une analyse moscovicienne des processus d'innovation et de changement au sein d'un groupe.     <div><b>La conception traditionnelle de l'influence sociale ou la logique de conformisation</b></div>
     <div style="position:relative; float:left; padding-right: 1ex;">
      <img src="https://www.sensemaking.fr/photo/art/default/61306658-44712648.jpg?v=1640900782" alt="Serge Moscovici: de la déviance à l'innovation minoritaire" title="Serge Moscovici: de la déviance à l'innovation minoritaire" />
     </div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">En règle générale, les individus au sein d'un groupe vont faire le choix de se conformer aux règles de la majorité, pour éviter d'être jugé et marginalisé sur le plan social. Ils rejettent l'idée de se voir associés à un individu ou à une <strong>minorité déviante</strong>, qui pourrait le mettre à l'écart en raison de ses différences supposées, considérées comme contraires aux normes du groupe considéré. Les individus souhaitent effet éviter que leur comportement dissonant puisse aboutir à un processus de discrimination et de stigmatisation (évaluation négative) pouvant conduire à leur exclusion sociale. <br />   <br />  Dans la&nbsp; <a class="link" href="https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01494545">vision classique</a>, l'influence sociale est en effet envisagée comme un <strong>processus de conformisation</strong>, où l'individu réfractaire à certaines logiques du groupe majoritaire se doit de modifier son comportement et ses pratiques, afin d'être en harmonie avec le groupe auquel il appartient. <br />   <br />  D'un point de vue théorique, la conformisation des individus au groupe s'explique par le besoin de tout individu de comparer leurs jugements aux autres membres du groupe (théorie de la comparaison sociale)dans une logique de partage d'informations (influence informationnelle). A côté de ces mécanismes d'influence, la conformisation serait également liée à la <strong>pression sociale </strong>exercée sur l'individu qui se sentirait obligé d'agir dans le sens du groupe sous peine de<strong> </strong>sanctions. <br />   <br />  Selon cette conception, l'influence sociale s'exerce dans le cadre de <strong>relations de dépendance</strong> entre une minorité et une majorité ayant le pouvoir d'orienter et de contrôler les attitudes des différents membres du groupe (<strong>contrôle social</strong>). Les individus potentiellement en décalage avec le groupe auront donc tendance à fuir les tensions (conflits) et rechercher le consensus. La majorité compte précisément sur la gêne générée pour engendrer la conformité. <br />   <br />  Dès lors, selon cette approche, toute position qui continuerait à être minoritaire et contraire aux positions du groupe, doit être interprétée comme une attitude déviante et négative par rapport au code social dominant, devant donner lieu à une hostilité publique.</div>  <!--cke_bookmark_211S--><!--cke_bookmark_211E-->
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Serge Moscovici et l'influence minoritaire</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Alors que le changement était initialement construit autour de l'influence de la majorité et de son contrôle social, Serge Moscovici va montrer de quelle façon <strong>la minorité peut également agir</strong> ("<a class="link" href="https://www.rse-magazine.com/Serge-Moscovici-ou-l-etude-des-minorites-actives_a3416.html">minorité active</a>  ") dans le cadre de relations dynamiques et symétriques. <br />   <br />  Ainsi, dans la <a class="link" href="https://www.youtube.com/watch?v=Ou9hIR0mIug">perspective Moscovicienne</a>, la minorité doit également être envisagée comme pouvant disposer d'une <strong>contre-norme</strong> et chercher à la faire valoir au sein du groupe, de façon visible et consistante. <br />   <br />  Selon cette analyse, les rapports entre majorité et minorité vont donc évoluer, et passer d'une situation de conformisation (logique de soumission) à une situation potentiellement conflictuelle (conflit socio-cognitif) avec la présence de points de vue divergents et le volonté des différentes parties de faire valoir leurs normes et contre-normes. <br />   <br />  <strong>La notion d'influence minoritaire</strong> crée donc de nouveaux échanges et comportements au sein du groupe. Sa force dépend avant tout du contexte et du <a class="link" href="https://www.rse-magazine.com/Serge-Moscovici-et-la-notion-centrale-de-consistance_a4685.html">style comportemental</a>  adopté par la minorité. Ainsi, un comportement ferme de la part de la minorité peut instaurer le doute chez les autres membres du groupe et attirer l'attention d'un point de vue alternatif qu'il s'agit de prendre en compte. Pour S. Moscovici, la minorité va ainsi contraindre les membres de la majorité à se lancer dans un processus de validation dans le sens, où elle oblige la majorité à analyser le contenu de son message de manière approfondie. <br />  &nbsp;</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div><b>Pour conclure</b></div>
     <div>
      <div style="text-align: justify;">Sous l'impulsion des travaux de S. Moscovici et de ses collègues, la recherche en psychologie sociale a été amenée à reconsidérer sa vision de l'influence sociale, pour mettre en avant d'autres mécanismes d'influence, en particulier l'influence minoritaire. En effet, Serge Moscovici a su remettre en question la relation systématique entre influence sociale et conformité. Il a permis de reposer la question de la normalité et de l'anormalité, en abordant différemment le concept de déviance, à travers l'étude des minorités actives.</div>  
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
       <br />  <strong>Olivier Meier</strong> <br />  Professeur des Universités <br />  Université Paris Est Sup - LIPHA <br />  <a class="link" href="https://observatoire-asap.org/">Observatoire ASAP</a>  - Chaire Innovation Publique (*)
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
    ]]>
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   <title>La dictature de la norme condamne-t-elle la créativité ?</title>
   <updated>2019-01-08T10:31:00+01:00</updated>
   <id>https://www.sensemaking.fr/La-dictature-de-la-norme-condamne-t-elle-la-creativite_a180.html</id>
   <category term="Société" />
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   <published>2014-10-10T17:26:00+02:00</published>
   <author><name></name></author>
   <content type="html">
    <![CDATA[
Avec l’apparition de la culture de masse, les modèles jusqu’alors en place ont été bouleversés. Y’a-t-il désormais une norme en matière de culture, et la créativité en fait-elle les frais ?     <div style="position:relative; text-align : center; padding-bottom: 1em;">
      <img src="https://www.sensemaking.fr/photo/art/default/7066379-10816316.jpg?v=1412955189" alt="La dictature de la norme condamne-t-elle la créativité ?" title="La dictature de la norme condamne-t-elle la créativité ?" />
     </div>
     <div>
      <strong>La modification du paradigme</strong> <br />   <br />  La mondialisation a connu ses premiers effets évidents dès le début du XXe siècle, particulièrement en matière de culture. Avec l’apparition de nouveaux médias, tels la radio et la télévision, qui se démocratisent dans les foyers occidentaux dans les années cinquante et soixante, l’ouverture des frontières, en matière de musique notamment, est flagrante. Dans tout le Ponant, on écoute le jazz, puis le rock venu des Etats-Unis, dont la diabolisation première ne survit pas longtemps devant l’enthousiasme sans bornes qu’il provoque chez ses jeunes adeptes. <br />   <br />  Plus que jamais, la musique – rapidement suivie par le cinéma et la littérature (succès sans précédents du cinéma comique et d’un genre nouveau, le roman de gare) – est synonyme de fête, de détente. La culture devient également synonyme d’oubli et de divertissement, dans un contexte politique tendu où la Seconde Guerre mondiale marque encore les esprits et dans lequel la menace d’un conflit nucléaire atteint son paroxysme, au cœur de la Guerre froide. Et cette tendance va aller s’accentuant avec l’apparition de l’Internet – événement concomitant à la fois aux crises économiques et identitaires générées par la mondialisation – comme outil de partage de la culture au niveau international. <br />   <br />  Jusqu’alors consacrée à la connaissance, au savoir, à l’exercice intellectuel et son apprentissage, la culture rencontre un glissement progressif de son acception première. <br />   <br />  <strong>Un problème de visibilité</strong> <br />   <br />  De «&nbsp;l’enrichissement de l'esprit par des exercices intellectuels&nbsp;» (Larousse) le sens de «&nbsp;culture&nbsp;» s’est progressivement mu vers celui de «&nbsp;divertissement&nbsp;» (de «&nbsp;divertere&nbsp;» en latin&nbsp;: action de «&nbsp;détourner de&nbsp;»)&nbsp;: le fait de s’amuser, se distraire, devient le propre de la culture dite de masse. Et la culture de masse prend sa source dans la société de consommation. <br />   <br />  On peut dès lors faire le distinguo entre culture de masse et culture non-conformiste, sous-tendant ainsi que la culture de masse est celle destinée à divertir à grande échelle quand la seconde vise, au contraire, à aiguiser l’esprit critique, à instruire, à se poser des questions sur le monde qui nous entoure. Il est, cependant, bien entendu que le monde a besoin de divertissement tout comme de réflexion, et ces deux formes de culture ne sont pas à mettre en compétition. Toutefois, la culture de masse, de plus en plus normée pour correspondre à la fois au média qui la diffuse et aux attentes du public qui la reçoit – notamment en matière de tendances – peut amener à brider non pas la créativité de façon intrinsèque, mais sa diffusion et sa visibilité. Ainsi, il suffit de constater l’importance des moyens de communication mis en place sur des valeurs commerciales qui comportent un risque minimum pour comprendre que la culture de masse est devenu un produit qui relève des mêmes méthodes de marketing que peut l’être un bien de consommation courant. <br />   <br />  <strong>Préservation de la diversité</strong> <br />   <br />  A ce titre, les géants diffuseurs comme Amazon ou Apple, mais également des enseignes telles que la FNAC ou certains médias, en mettant en avant et diffusant principalement les artistes les plus lucratifs, laissent une place mineure à la diversité culturelle en termes de visibilité. Or, en matière de culture, c’est l’offre qui fait la demande, et c’est en portant à la connaissance des consommateurs l’existence de tel ou tel autre artiste que la demande se forme. C’est ainsi que la norme s’impose insidieusement dans le paysage culturel mondial. <br />   <br />  Aussi, il est nécessaire, pour conserver un équilibre dans l’offre culturelle, que les maisons d’édition, de disques, les producteurs de cinéma fassent figures de garants de la diversité… mais également de découvreurs de talents, encourageant, par là même, la mise en avant de la créativité. Dans le secteur de l’édition, le discours est unanime&nbsp;: «&nbsp;Il s’agit de reconstituer (…) cette diversité qui est notre richesse commune dans le monde (…) et qui nous préserve des abus de position dominante. Il est impensable et déraisonnable d’agir en ordre dispersé à cet égard. Mais si les règles sont nécessaires, il n’en est point qui dispensent d’avoir du goût. Les éditeurs le savent bien, qui continuent à faire leur métier avec talent et confiance ; et c’est ce qui permet à notre secteur de maintenir un niveau d’activité remarquable, tirée par la diversité et la richesse de l’offre (…), et donc par la capacité à accompagner, stimuler et financer la création&nbsp;», déclare Antoine Gallimard dans un discours au Syndicat national de l’édition, en juin 2012 (1). <br />  &nbsp; <br />  C’est également l’avis d’Arnaud Nourry, PDG d’Hachette Livre : «&nbsp;<em>tout le monde peut publier ce qu’il veut, on a toujours vécu avec ça. Mais notre métier c’est tout le contraire, c’est précisément de dire non, de sélectionner</em>&nbsp;» (2), rappelant au passage que découvrir un auteur, c’est d’abord faire le tri. Ce choix nécessaire qui ne peut faire l’économie du goût dont parle Antoine Gallimard. Et le goût, c’est littéralement ce qui se façonne par la diversité culturelle… <br />  &nbsp; <br />  (1) http://www.sne.fr/a-la-une/vincent-montagne-elu-president-du-sne.html <br />  (2) Arnaud Nourry (Hachette Livre)&nbsp;: «&nbsp;Nous avons créé un écosystème vertueux sur le marché du livre&nbsp;», Les Echos, 8 octobre 2012, http://www.lesechos.fr/08/10/2012/lesechos.fr/0202310259853_arnaud-nourry--hachette-livre-----nous-avons-cree-un-ecosysteme-vertueux-sur-le-marche-du-livre-.htm
     </div>
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