Crowdsourcing: pouvons-nous tous participer?


La Rédaction
Mardi 7 Avril 2015

Après l’outsourcing (qui consiste à externaliser des activités de l’entreprise), le crowdsourcing séduit de nombreuses entreprises qui y voient un moyen de booster leur créativité et leur productivité. En effet, ce néologisme consiste à solliciter l’expertise d’une communauté sur une problématique de l’entreprise via une plateforme participative. L’essor des outils 2.0 permet l’émergence de cette tendance qui mobilise les internautes, professionnels comme amateurs. Jusqu’à créer une société mondiale de l’innovation ? Dans une société marchande, cette stratégie questionne les relations entre l’entreprise et les citoyens mais également la propriété intellectuelle. Éléments de compréhension.



A la recherche de nouvelles idées

Crowdsourcing: pouvons-nous tous participer?
Le crowdsourcing est en plein essor en particulier dans les pays économiquement développés. Google et Wikipedia sont les exemples les plus marquants afin d'illustrer l'émergence d'une intelligence collaborative. Et les entreprises l'ont bien compris jusqu'à intégrer le crowdsourcing à leur modèle économique. En effet, il s’agit pour ces dernières de répondre à des besoins, tels que la création de publicités ou le développement du design de leur marque. Traditionnellement intégrées au sein de l’entreprise, ces activités sont alors externalisées auprès d’internautes. Cette nouvelle approche est permise par une large diffusion des outils informatiques qui a fortement réduit l’écart entre les professionnels et les amateurs.  « L'intérêt est de solliciter des talents auxquels nous n'aurions pas pensé » précise François Pétavy, directeur général d’Eyeka, spécialiste de la mise en relation des marques et des communautés.

Ainsi, la société japonaise Muji, à la tête des concept-store éponymes, utilise le crowdsourcing pour recueillir des idées destinées à améliorer ses produits réputés fonctionnels. Le site Web de la marque propose une boîte à idées, nommée Ideapark, où chacun peut soumettre ses propositions de conception. L'entreprise relaye les offres les plus intéressantes aux concepteurs pour une étude plus approfondie. De plus, Muji collecte les idées des internautes dédiées à l’amélioration de ses produits. Autre exemple, la société pharmaceutique américaine Eli Lilly a créé une plate-forme en ligne InnoCentive, qui traite des problématiques sur la recherche en chimie et biologie. Les scientifiques du monde entier offrent ainsi leurs pistes de réflexions, et l’entreprise conclut un contrat avec les contributeurs les plus prometteurs. Aujourd'hui, la communauté des scientifiques InnoCentive compte plusieurs centaines de milliers de personnes mais aussi d'autres entreprises comme P & G, Henkel et BASF.

Ainsi, cette collaboration au niveau mondial permet d’atteindre des objectifs économiques mais également sociaux et culturels. Cette année, ABBYY a d'ailleurs lancé un projet éducatif intitulé From English into Russian. Des outils de traduction sont proposés grâce à un cloud. Le projet comprend 5000 personnes, des professionnels mais aussi des gens ayant une bonne connaissance de la langue anglaise. Cette initiative fait écho à un projet similaire lancé par WhatsApp Messenger. Toute personne qui connaît une langue étrangère peut s’inscrire sur le site du projet et participer au service de traduction en arabe, danois, allemand, russe et de nombreuses autres langues.
 

Quels avantages?

Le crowdsourcing réduit les coûts de l'entreprise. Il est moins onéreux (et parfois plus efficace) en comparaison à un recrutement d'un ou de plusieurs experts. La mise en œuvre du projet n’exige pas de disposer d’un gros budget : le plus souvent il suffit de posséder un site ou un réseau social. En outre, les participants ne sont pas rémunérés dans la majorité des cas. Ces derniers estiment souvent que l’intérêt général justifie leur participation ou que les retombées en terme de réputation sont suffisamment importants.  

Par ailleurs, le crowdsourcing permet d’accéder aux talents du monde entier et donc de recueillir le savoir-faire d’un grand nombre de personnes.  Il permet une exécution à grande vitesse grâce à la contribution de centaines, voire de milliers, de personnes qui s’attaquent à un projet souvent fastidieux et chronophage. Reste ensuite à analyser et exploiter les propositions.

Enfin, cette  stratégie est indispensable afin de renforcer le lien entre l’entreprise et le public mais également en interne. L'entreprise peut faire appel à sa propre communauté et solliciter ses salariés, pour lesquels le crowdsourcing permet de s'impliquer dans le projet d'entreprise et donc donner du sens à leur travail.
 

Une pratique controversée

Une des limites du crowdsourcing est qu'il est difficile de prédire la qualité de travail des participants à de tels projets. Les contributions doivent donc être analysées (surtout dans le cas des projets scientifiques) afin de filtrer les données erronées voire les démarches malveillantes. La légitimité du crowdsourcing repose sur la transparence et la rigueur du protocole adopté.

Plus largement, le crowdsourcing pose un problème éthique, notamment s’agissant des coûts de transaction. En effet, la frontière entre la prestation économique et l’action bénévole est brouillée. Le principe « tout travail mérite salaire » est ici remis en question et peut entrainer des dérives jusqu’à priver certaines personnes d’emplois rémunérés. Car dans une société où chacun peut devenir un « créatif » ou un expert, quelle place laisse-t-on aux professionnels du secteur ?  L’échelle de valeur se retrouve bouleversée. Autre question, dans le cas d’une rémunération, comment doit-elle se calculer ? Il convient donc de bien définir les modalités d’exploitation des données et des conséquences notamment en matière de propriété intellectuelle.

Ces interrogations montrent en tout cas la vitalité de l’innovation et le besoin croissant de lien entre les entreprises et les citoyens. Une bonne nouvelle sur un marché encore fragilisé par la crise.
 




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