Economie sociale et solidaire : où en sommes-nous ?


La Rédaction
Vendredi 11 Avril 2014

Des coopératives aux associations en passant par les mutuelles, l'ESS a suscité un regain d’intérêt inespéré en 2013, notamment grâce à l’action de l’Etat et des entreprises en la matière.



(credit : freedigitalphotos.net)
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Retour sur une volonté politique
 
En quelques mots, l’ESS c'est tout d’abord l'économie sociale : à travers associations, mutuelles, coopératives ou fondations, elle regroupe des personnes animées par un but social, et non uniquement économique. C’est aussi l’économie solidaire, concentrée sur des thématiques éthiques, de développement durable, de commerce équitable, de réinsertion ou de services à la personne.
 
Début 2013, Benoît Hamon, alors Ministre délégué à l'économie sociale et solidaire, exprimait sa volonté de défendre ce secteur par la voie législative. Proposée en juillet 2013, la loi a été adoptée par le Sénat début novembre 2013, malgré quelques signes de mécontentement de la part des organisations patronales. Le président de la Mutualité française Etienne Caniard résume l’opinion du secteur : « le texte qui vient d’être adopté donne aux mutuelles de nouveaux outils leur permettant de développer leurs activités pour répondre aux grands défis actuels de la santé et de la protection sociale ».
 
Il s'agissait, pour Benoît Hamon, de contribuer à la bataille pour l'emploi, en dynamisant un secteur à fort potentiel tout en définissant le périmètre de l'ESS. Rappelons qu'en France, l'ESS, qui compte 2,4 millions de salariés (14% des salaires du secteur privé), a permis la création de 23% de nouveaux emplois en 10 ans (contre 7% pour l'économie traditionnelle). Elle pourrait en générer encore 600 000 d'ici 2020. Selon l'Atlas national de l'ESS, le secteur recouvre les deux tiers des emplois de l'action sociale, du sport et des loisirs, ainsi que le tiers des emplois des activités bancaires, des assurances et de la culture.
 
A titre d'exemple, en 2012, il a été constaté qu'un Français sur quatre adhérait à une association, 19 millions à une mutuelle de santé, 22 millions étaient sociétaires d'une banque coopérative et que 11 à 16 millions d'entre eux étaient bénévoles dans une association (on compte environ 65 000 nouvelles associations par an en France). Dans ce contexte, il semblait logique de prendre en compte une économie répartie sur des secteurs chers aux Français et vecteurs de dynamisme en période de crise.
 
L'ESS en France : quelques exemples
 
Chaque année depuis 6 ans, le gouvernement organise le mois de l'ESS en novembre. Partenaires économiques (Optic 2000, La Banque Postale, Harmonie Mutuelle, Crédit Coopératif, MACIF, MAIF…) et CNCRES se regroupent afin d’éclairer le grand public sur l’ESS. Le programme compte plus de 2000 événements, conférences, tables rondes ou rencontres, répartis tout au long du mois de novembre. Les Français peuvent rencontrer les acteurs de l'ESS et de se familiariser avec ses actions. Ainsi, création d’emplois en milieu rural, lien social, priorité au « local »,  sont abordés à travers plusieurs thématiques : de l'emploi à la santé, en passant par les transports, la consommation ou l’épargne. Depuis la création du mois de l’ESS, le taux de fréquentation des différents événements a augmenté de 48%.
 
Cette popularité croissante est sans doute favorisée par le type d’intervenants : souvent des entreprises bien connues des Français et inscrites dans leur quotidien depuis des décennies. Optic 2000, La Mutualité Française ou Le Crédit Coopératif représentent des secteurs très différents et pourtant ancrés sur une même base d’économie sociale et solidaire. Ainsi, pionnière de l’ESS, la Mutualité Française regroupe 500 mutuelles santé, réparties sur 2500 services de soins et d'accompagnement qui protègent 38 millions de Français. Elle « fédère la quasi-totalité des mutuelles intervenant dans le domaine de la santé et de la protection sociale en France ».
 
Egalement dans le secteur de la santé, Optic 2000, premier réseau d'opticiens en France, est structuré depuis sa création en 1969 sur un modèle coopératif, où la gouvernance démocratique est assurée par des opticiens élus par leurs pairs. Fidèle au principe démocratique « un homme, une voix », cette gouvernance collégiale formalise la stratégie du groupe. Elle est dirigée par un conseil d’administration,  composé de 9 administrateurs élus pour 6 ans lors de l’Assemblée Générale, qui nomment un président et un vice-président pour les représenter. Ce modèle d’organisation démocratique met le savoir –faire de chacun au service de tous, érige la solidarité et la défense de l’intérêt général au plus haut niveau. Décidée en assemblée générale par l’ensemble des adhérents au réseau coopératif, la stratégie vise entre autres à réaffirmer le rôle social des opticiens comme professionnels de santé de proximité. Pour son président Didier Papaz, il s’agit de « concilier objectifs d'intérêt collectif et activités économiques » et « intégrer dans leur organisation les notions de démocratie, d'innovation et de développement durable. »
 
Dans le domaine de la finance, c’est le Crédit Coopératif qui se démarque. Banque des associations ouvrières à sa création par des coopérateurs en 1893, le Crédit Coopératif a élargi sa clientèle aux associations et aux mutuelles dans les années 1970. Jacques Moreau, un de ses anciens présidents, mettait en avant l’expression d’ « Économie sociale sans rivage » pour illustrer l’idée que le Crédit Coopératif se fait de sa mission. Aujourd'hui, de par ses activités en coproduction avec ses clients, Le Crédit Coopératif est légitimement désigné comme la banque des entreprises de l'ESS.
 
Les différents chiffres avancés parlent en faveur d'un engagement solidaire manifeste de la part des Français pour cette économie alternative, et d'une prise en considération grandissante des bénéfices qu’individus, entreprises, et économies en général peuvent en retirer. Par son action législative, le gouvernement emboite donc le pas à une tendance de fond avec l’espoir sans doute, de l’encourager.




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