Paul Jorion : porte étendard de l’économie positive


Mardi 3 Décembre 2013

Face aux difficultés économiques en Europe et aux dérives de la finance, face aux problématiques de diminution des revenus, nombreux sont les décideurs et les économistes qui proposent des solutions de tous types. Parmi ceux-ci, un ancien trader devenu anthropologue, Paul Jorion, souhaite apporter des solutions pour le moins radicales.



Paul Jorien - Association HEC (FlickR)
Paul Jorien - Association HEC (FlickR)

Redéfinir la finance

Le profil de Paul Jorion a de quoi surprendre. Cet ancien trader chez Countrywide, aujourd’hui chercheur en sciences humaines, est consacré par la presse comme un des plus farouches adversaires du libéralisme économique. Mais la pensée de Paul Jaurion est aussi et surtout une pensée complexe qui intègre très clairement le paramètre de la finance, système qu’il connait bien. Il propose, globalement, de repenser la conception même d’activité financière, et de revoir, entre autres, ses prérogatives, qu’il juge démesurées.

Partisan de l’économie positive, il a notamment pris la parole lors du colloque organisé par le forum LH le 25 septembre 2013, sur les thèmes comme « Finance, comment redonner du sens ? » ou encore « Le spéculateur, « animal utile » ou « animal nuisible » ?» Sa position sur la question est pour le moins sans ambiguïté. Selon lui, les marchés français souffrent d’un mal bien particulier : « il faut supprimer la spéculation ». Cette pensée demeure son principal cheval de bataille. Il considère que la finance serait pleinement utile pour l’économie si l’on l’amputait de 80% de son activité, c’est-à-dire si l’on supprimait purement et simplement toute dimension spéculative.

Penser un changement radical

Selon Paul Jorion, l’activité de la finance spéculative n’est pas seulement inutile, elle est même nuisible. Pour mieux comprendre sa pensée, il faut indéniablement placer sa réflexion dans une certaine historicité : « le capitalisme était florissant avant l'autorisation de la spéculation ». Loin de la pétition de principe, Paul Jorion cherche en réalité à proposer des solutions durables à l’économie de marché. Telle que nous la connaissons, telle qu’elle redistribue les richesses et telle que nous apparait la notion de profit, l’économie de marché n’est pas viable, pas même à court terme. Si l’on veut la penser dans la durée, il est impératif qu’elle se transforme et qu’elle soit réformée en profondeur.
 
La première étape, selon le chercheur belge, passe donc par l’interdiction de la spéculation financière. Une mesure qui a pour but de d’assainir la finance en lui proposant de ne contribuer qu’à l’économie réelle. Pour autant, Paul Jorion se veut tout à fait réaliste : il est impossible, en l’état des choses, de revenir en arrière en ce qui concerne la spéculation. Le véritable changement ne peut provenir que de deux manière : soit par un effondrement du système tel que nous le connaissons, et qui s’apparenterait, d’après lui, à une nouvelle chute de l’empire romain, soit par un changement politique radical initié par la société civile.

L’économie positive

La démarche de Paul Jorion s’inscrit dans le principe de l’économie positive. Elle a vocation à représenter une économie « qui réoriente le capitalisme vers la prise en compte des enjeux du long terme », selon le LH Forum 2013, qui se veut être une des principales plateformes d’échange et de discussion consacré à l’économie positive. Cette nouvelle approche de l’économie tend à se diffuser, en particulier auprès du grand public, mais de plus semble être appelée à jouer un rôle de plus en plus déterminant dans les décisions à venir concernant la gouvernance économique du pays.
 
D’ailleurs, un rapport, pour une économie positive, a été demandé à Jacques Attali par le président de la République française. Ce concept économique récent se veut résolument pragmatique, et n’a pas pour vocation de rebuter les entreprises : il s’agit avant tout de démontrer que l’économie positive constitue un véritable levier face aux difficultés économiques actuelles, en parvenant notamment à faire la synthèse entre authentique rationalité financière et vision économique à long terme.




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