Comprendre l’investissement socialement responsable : le nouveau visage de l’industrie financière ? (2/3)


Roxane Lauley
Lundi 16 Février 2015



L'investissement réconcilié

L’ISR découle de la volonté de bâtir une économie alternative face aux excès révélés par les crises récentes. Il s’agit de retrouver du sens en générant un impact social, sociétal ou environnemental positif tout en générant un retour financier. On peut y voir une refonte de la gouvernance de l’entreprise voire de son rôle au sein de nos sociétés modernes. Il ouvre la voie au « social à but lucratif » et réconcilie alors deux secteurs souvent réputés antinomiques : le retour sur investissement financier et le développement social.
La question est de savoir si cette démarche est à court, moyen et long terme plus rentable qu’un investissement conventionnel ?La question du lien entre performance financière et extra financière au sein de l’entreprise a donné lieu à de nombreux débats que l’on peut considérer comme clos grâce à la méta-analyse de Margolis et al. pour lesquels « l’effet de la performance sociale sur la performance financière est petit, positif et significatif.» S’il n’existe pas encore de consensus, certains travaux soulignent l’évolution des performances de l’ISR ces vingt dernières années (Climent et Soriano, 2011). Aussi, la littérature abonde dans le sens d’une même performance avec un investissement classique.

L’ISR réduit fondamentalement le champ de l’investissement et d’un point de vue théorique s’oppose ainsi au principe de diversification qui fonde la théorie moderne du portefeuille de Markowitz. C’est la réussite même de la transition vers un modèle plus durable pour tous qui est ici en jeu. L’ISR apparaît donc comme un des leviers d’actions à activer pour encourager les entreprises à adopter des pratiques de responsabilité sociétale avancée. Dans la même veine que l’ISR, la RSE participe de ce courant d’initiatives connu sous le nom de ESS (pour Economie Sociale et Solidaire).  L’ISR contribuerait  comme la RSE à une meilleure gestion du risque au sein de l’entreprise et à promouvoir les bonnes pratiques. Ces phénomène sont appelés à se renforcer mutuellement. L’ISR agirait ainsi comme un mécanisme d’autorégulation qui aurait vocation à terme d’irriguer tous les pans de notre économie mainstream. Cette démarche est pensée sur le long terme et propose des instruments financiers innovants et complémentaires des dispositifs de financement classiques.

 

Les outils de l'ISR

L’ISR prend des formes diverses qui sont le plus souvent combinées par les investisseurs afin de construire différents portefeuilles ou générer plus d’impact sur les émetteurs. Ces approches transversales prennent principalement trois formes différentes.  Ainsi les fonds socialement responsables combinent des critères ESG (pour Environnementaux, sociaux et de Gouvernance) aux critères financiers afin d’évaluer une entreprise et la sélectionner d’un point de vue du développement durable.  Les exclusions normatives ou placement éthiques entendent quant à eux exclure pour des raisons morales des secteurs comme l’armement ou des activités dangereuses pour l’environnement (OGM, nucléaire…). Enfin, l’engagement actionnarial consiste pour les investisseurs à exiger des entreprises une politique de responsabilité sociale accrue, notamment en mettant à l’ordre du jour des assemblées générales des résolutions environnementales ou sociales. D'autres types de produits financiers existent également tels que les fonds de partage dont une part des bénéfices générés sont rétrocédés à des ONG ou des associations caritatives, ou les produits financiers solidaires destinés à financer des projets d’économie solidaire. Ces outils nécessitent un peu plus de patience de la part des investisseurs et d’accompagnement auprès des sociétés à l’instar du crédit coopératif qui propose une vision moins macroéconomique et vise à identifier puis à faire grandir progressivement de jeunes pousses.

Si la démarche est moins spéculative, elle n’en propose pas moins une grille multicritères qui doit être rigoureusement documentée. Aussi, la recherche d’un investissement durable, à l’opposé de celui proposé par les hedge funds,  est basé sur des caractères extrafinanciers qui sont relativement hétérogènes sur le marché. Ces grilles visent à mesurer les risques spécifiques et les pratiques au sein de l’entreprise visée. La méthodologie peut ainsi se résumer ainsi : « pas d’ISR performant sans reporting RSE pertinent » selon les conclusions de deux études conduites par l’EDHEC Risk Institute et Les Amis de la Terre.  Cette analyse doit se nourrir d’une réflexion stratégique en profondeur sur le business model de l’entreprise. Au-delà de la grille, il s’agit également d’entrer dans un dialogue constructif avec l’entreprise voire exercer une pression sur elle afin qu’elle mette en œuvre une politique durable.

 




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