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​Comment les chefs d’entreprises perçoivent leur responsabilité face aux enjeux sociaux et environnementaux ?


La Rédaction
Lundi 11 Mars 2019



Un sondage réalisé par Harris interactive pour le compte de Aesio et Le Mouves éclaire la vision des chefs d’entreprises sur les questions relatives à la RSE (Responsabilité sociétal des entreprises). Au même moment se déroule le processus parlementaire du projet de loi PACTE (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises), quelles réponses en attendre ?



Conscience des impacts sociaux et écologiques

L’enquête a été menée en décembre dernier auprès de 200 dirigeants d’entreprises. Il en ressort que 90 % des personnes interrogées pensent que les entreprises doivent jouer un rôle important dans la transition écologique et sociale. Ils considèrent avoir un rôle aussi important, si ce n’est plus, que les pouvoirs publics.

Les dirigeants sont, selon l’enquête, motivés par des faits sociaux et écologiques. Développer une entreprise où il fait bon travailler est important et motivant pour 95 % d’entre eux, et très importants pour 66 %. La volonté de créer des emplois est présente au sein de 93 % des sondés et 92 % veulent avoir des activités respectueuses de l’environnement. 
 
Vision de la gouvernance et du management et lutte contre les inégalités salariales

Si 59 % des entreprises gardent une gouvernance classique (actionnaires et dirigeants), 40 % des dirigeants ont associé les salariées aux décisions. 74 % des sondés seraient notamment prêts à accentuer la participation des salariés dans les processus de décision. Ainsi les chefs d’entreprises sont en accord avec le projet de loi PACTE qui veut améliorer le dialogue et l’intégration des salariés dans le champ décisionnel.

 Les entreprises cherchent aussi une évolution du rôle des managers, elles estiment que les compétences premières des managers doivent être celles de la cohésion d’équipe en installant un climat motivant et de bonne communication. Le manager deviendrait donc moins un directeur, mais plutôt un « coach » organisateur.

Les chefs d’entreprises interrogés sont 68 % à avoir une grille de salaire visant à limiter une trop grande disparité de revenus, pratiquement la moitié rendent cette grille publique.
 
Des bonnes volontés difficiles à réaliser

Ainsi 88 % des dirigeants se déclarent prêt à changer leurs pratiques, mais seulement 35 % sont certains de les appliquer. Cela marque la bonne volonté affichée, mais les problèmes pour appliquer de telles mesures sont un frein à leur mise en place comme le manque de moyens, 63 %, des sondés y consacreraient moins de 3 % de leur chiffre d’affaires.
 
Loi PACTE et la RSE

Le projet de loi PACTE a une composante RSE (Responsabilité sociétale des entreprises) assez novatrice. Retour sur les propositions qui pourraient répondre aux attentes exprimées plus haut.
La vision que l’entreprise qui ne se limite pas simplement à générer du profit est récente en France. Le projet de loi proposerait deux modifications du Code civil, s’il elles peuvent paraître anodines elles représentent une évolution majeure de la conception juridique de l’entreprise.

La première modification se porterait sur l’article 1833 du Code civil identique depuis 1804 ! Cet article comporte pour l’instant l’alinéa suivant : « Toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l’intérêt commun des associés ». Il est proposé de lui ajouter un nouvel alinéa : « La société doit être gérée dans son intérêt propre, en considérant les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. » 

Un autre ajout serait prévu à l’article 1835, complété par la phrase : « Les statuts peuvent préciser une raison d’être, constituée des principes dont la société se dote et pour le respect desquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de son activité ». 
L’ajout dans le Code civil des enjeux sociaux et environnementaux et de la possibilité de préciser une raison d’être à l’entreprise sont des pas intéressants pour une meilleure prise en compte des problèmes de RSE. Martin Richer, dirigeant du cabinet de conseil Management & RSE explique : « Elle incite les dirigeants à poser la question de l’utilité sociale de leur entreprise. La raison d’être permet d’ancrer la structure dans la société. L’objectif n’est pas tant que l’entreprise soit morale, mais plutôt responsable. »
Ainsi la « raison d’être » de l’entreprise pourrait permettre de définir un but à long terme et de lui garantir une pérennité. Sans attendre la loi, Veolia a décidé d’adopter un texte de trois pages détaillant les objectifs de l’entreprise et les raisons de son existence. Cette action n’est peut-être pas totalement dépourvue de marketing, car la RSE est devenue un champ d’action des entreprises comme le décrit Bertrand Valiorgue, professeur de stratégie et gouvernance des entreprises à l’EM Clermont-Ferrand : « La RSE n’est plus une démarche réparatrice ou anticipatrice. Elle devient un projet stratégique, qui oriente l’identité de ­l’entreprise, mais aussi son positionnement concurrentiel, son outil industriel, etc. ». Le plus gros gestionnaire d’actif mondial, l’américain Black Rock, a d’ailleurs récemment contacté toutes les entreprises cotées du monde pour leur demander leur raison d’être et les a invités à reconnaître leurs responsabilités au niveau sociale et environnementale.




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