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​Élections européennes sous influence(s) ?


La Rédaction
Jeudi 28 Février 2019



La prochaine échéance électorale européenne arrive en mai, dans un contexte tendu. Les peurs d’ingérences et d’influences étrangères sur l’élection sont très présentes. Décryptons les enjeux.



L’alt-right américaine s’invite

L’extrême droite américaine avec en tête son chef de file Steve Bannon rêve d’un rassemblement des partis « populistes » pour lutter contre la mondialisation et ses acteurs. Il disait en novembre 2018 : « Le cœur battant du projet mondialiste est à Bruxelles ». Cette vision de l’Union européenne en grand Satan mondialiste est commune à l’extrême droite.

Steve Bannon a donc créé « Le mouvement » qui se veut être une alliance des partis antimondialisation de droite. Ce mouvement serait un endroit de rencontre et d’aide technique (analyse de données, conseils, etc.). Pour le moment son projet ne fait pas florès, il se limite à 4 partis officiellement. Le plus grand est La Ligue de Matteo Salvini, viennent ensuite trois entités bien plus petites :  les Frères d’Italie de Giorgia Meloni, (4 % des voix aux dernières élections), le Mouvement pour les changements au Monténégro, et le Parti populaire belge. Bannon à du mal à convaincre au-delà de l’Italie. Pourtant il n’a pas cessé de participer à de nombreux rassemblements de l’extrême droite européenne. Ce sulfureux personnage anciennement proche de Donald Trump ne fait pas l’unanimité dans les directions des partis européens, notamment au sein du Rassemblement national.
 
Les techniques d’influence en ligne

Les révélations sur l’étendue des manipulations en ligne durant la dernière présidentielle Américaine ont été un véritable choc. L’affaire « Cambridge analytica » a dévoilé au grand public l’évolution des capacités d’influence ciblée. La technologie, sous réserve de pouvoir accéder aux données, permet aujourd’hui de deviner les tendances politiques des utilisateurs sur les réseaux sociaux. Cette connaissance des opinions peut être utilisée pour exposer les citoyens, par la publicité politique, à un contenu qui va conforter leur penchant . L’utilisation de la publicité politique est différemment régulée dans les pays de l’Union. En France, elle est interdite pendant la campagne, mais peu de pays européens possèdent des lois aussi restrictives. Les réseaux sociaux sont en première ligne de la critique. Facebook compte remédier à l’anonymat des opérateurs d’influence en répertoriant et rendant public les commanditaires de ce type de publicité, ainsi que les sommes dépensées. Cette idée se heurte néanmoins à la difficulté de définir les limites du cadre politique et de ce qu’il recouvre sur le réseau social.

Existe aussi la menace des « fausses nouvelles ». On a beaucoup parlé de la campagne américaine pour les fakes news. Plus proche de nous, la pseudo révélation de la possession d’un compte offshore par Emanuel Macron, à 48 h du deuxième tour, a eu un impact important en France en démontrant à quel point ce type d’attaque pouvait être pernicieuse. Kathleen Hall Jamieson chercheuse britannique explique dans son dernier livre publié fin 2018, « Cyberwar » (non traduit) : « La plupart des citoyens sont assez résistants à la communication politique (…). Mais les indépendants, les personnes qui ne sont pas à l’aise face au choix qui s’offre à elles, et celles qui se décident à la dernière minute y sont plus sensibles. » 

L’utilisation de « bots » et de « trolls » pour discréditer des candidats et leurs idées politiques est aussi devenue une routine dans les actions d’influence. Celles en provenance du territoire russe sont analysées comme étant les plus avancées et efficaces. Le groupe APT28 qui serait proche des renseignements militaires russes (le GRU) est souvent nommé comme un acteur principal de ce type d’actions. « Selon les informations disponibles, plus de 30 pays recourent à des activités de désinformation et d’influence sous diverses formes, y compris sur leur propre territoire », annoncent les institutions européennes. « Les éléments de preuve abondent dans le cas de la Russie. Toutefois, d’autres pays tiers assimilent rapidement les méthodes russes et déploient également des stratégies de désinformation »
Pour autant, faut-il charger la Russie de tous les maux ? Une part importante des contre-vérités ou fake news proviennent aussi du jeu politique national et des citoyens eux-mêmes.
 
Ce sont donc des élections sous haute surveillance qui vont se dérouler entre les 23 et 26 mai 2019.
 
 




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