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Humanitaire : pour l’ONG LIFE, les partenaires locaux sont la clé du succès


La Rédaction
Mardi 28 Novembre 2023



Certaines ONG aiment les feux des projecteurs, d’autres préfèrent faire profil bas pour plus d’efficacité. C’est le cas de l’ONG LIFE qui opère en Afrique, en Asie ou au Moyen-Orient. Le cœur de sa stratégie : garder son indépendance et s’appuyer sur des opérateurs locaux.



Le secteur de l’action humanitaire a ses stars, comme Amnesty International ou Médecins sans frontières. Mais il regroupe également de nombreuses associations et organisations non gouvernementales (ONG), certes moins connues du grand public mais tout aussi impliquées sur le terrain. Dans cette galaxie, l’ONG française LIFE – créée en 2009 – se distingue par sa stratégie pluridisciplinaire. Au Maghreb, au Proche-Orient, en Asie ou en Afrique subsaharienne, ses projets s’articulent en effet tous autour de quatre axes principaux : l’accès à l’eau potable, la sécurité alimentaire, l’éducation et l’environnement. Pour mener à bien ses différentes actions, cette ONG s’appuie sur ses équipes propres, mais surtout sur ses partenaires locaux. Car eux seuls connaissent vraiment les enjeux du terrain et les besoins des communautés bénéficiaires.
 
Autonomiser les interventions
 
Aujourd’hui, l’ONG LIFE opère dans plus de 25 pays : les besoins sont larges, mais surtout spécifiques d’un pays à l’autre, ou d’une province à l’autre. Cette connaissance des réalités du terrain ne peut évidemment pas être pilotée uniquement depuis Paris. C’est pourquoi les équipes de LIFE – architecturées par zones géographiques – s’appuient essentiellement sur des partenaires locaux. « Grâce à notre réseau de contacts dans de très nombreux pays, nos déploiements sur le terrain commencent généralement par une mission dite exploratoire, qui va nous permettre de rencontrer des acteurs locaux et de définir précisément les besoins, pour décider ensuite de la pertinence ou non d’un déploiement, explique Fanny Fernandes, directrice exécutive de l’ONG française LIFE, dans une interview à RSE Magazine. Si le contexte le permet et si notre action est jugée faisable et souhaitable, nous nous mettons ensuite en relation avec les autorités locales aux différents échelons, nationaux ou régionaux, pour obtenir les autorisations et les accréditations nécessaires, avec la présentation des projets-pilotes. » Sur place, tout se fait dans la plus grande transparence avec les autorités, ce qui explique par exemple que Life a pu continuer d’opérer dans des pays en froid diplomatiquement avec la France, comme dans plusieurs pays du Sahel, ou encore au Maroc où l’ONG LIFE a pu intervenir en phase de première urgence : « Il est très important de se coordonner tout de suite avec l’ensemble des acteurs locaux, nationaux et étrangers, dans une logique de répartition des tâches entre l’Etat et les ONG. Il s’agit de concentrer notre action sur les tâches que l’Etat ne peut pas prendre en charge dans l’urgence, dans le contexte d’un séisme qui a touché une très large zone, de Tanger à Agadir en passant par Marrakech, mais toujours en coordination avec les autres ONG et en réponse aux besoins réels des populations », explique ainsi Tarek Elkahodi, président de l'ONG LIFE.
 
Partons plus au sud, vers l’océan Indien. Une nouvelle opération vient d’être lancée dans l’archipel des Comores, au large de Madagascar. Là-bas, l’équipe de Life a pris contact avec les autorités locales pour définir les besoins de cet État insulaire, en particulier dans le domaine de l’accès à l’eau douce, mais aussi pour la mise en place de structures scolaires dans les zones reculées. « Dans la plupart des pays, notre action repose sur le recours à des acteurs locaux et, au maximum, à des entreprises et à des prestataires locaux pour les besoins matériels de nos projets », poursuit la responsable. Selon Mme Fernandes, « ces acteurs et collectifs locaux connaissent les situations et les besoins, et sont à même de faire le lien sur le long terme si nécessaire. Nous n’arrivons pas auprès des populations avec des solutions toutes faites et des moyens humains et matériels standardisés : nous dimensionnons les projets en fonction des besoins réels et concrets, besoins que nous connaissons grâce à nos partenaires locaux. » Une stratégie en réalité complexe à mettre en œuvre, les diables se cachant souvent dans les détails. Mais une stratégie réellement efficace.
 
Dans tous ses projets, l’ONG Life met également en avant son esprit d’indépendance, qu’elle souhaite aussi transmettre à ses partenaires locaux. Car son objectif n’est ni de se substituer aux services gouvernementaux ni de rester ad vitam æternam sur place, mais de transmettre un savoir-faire et d’autonomiser les structures bénéficiaires. « L’autonomie des personnes et des communautés concernées reste la finalité et le fil directeur de tous nos projets, affirme Fanny Fernandes. Distribuer de l’aide alimentaire, c’est une aide ponctuelle qui peut être nécessaire mais qui n’est absolument pas suffisante pour autonomiser les personnes. Notre objectif est bien de partir des pays où nous intervenons en laissant derrière nous de populations qui n’ont plus besoin de nous. »
 
Équipe restreinte et moyens financiers limités
 
Car un projet mené à bien est un projet qui n’a plus besoin de l’intervention technique et financière de l’ONG. Ce qui permet à cette dernière de se déployer autre part et de mobiliser ses collaborateurs et ses bénévoles sur d’autres dossiers. Car malheureusement, entre les crises économiques et les impacts désastreux du réchauffement climatique, les besoins enflent un peu partout sur la planète. À Paris – où est basée l’ONG –, les équipes s’activent donc sans relâche. Environ 40 collaborateurs de 15 nationalités différentes travaillent sur les projets d’actions, dans une logique d’économies permanentes sur les coûts de fonctionnement afin que chaque euro récolté soit destiné aux bénéficiaires. « Nos moyens matériels sont très sommaires, souligne la dirigeante, dans une logique de stricte suffisance : nous avons une suite logicielle à fins de coordination et de communication entre les équipes, et des bureaux locaux au Mali et au Sénégal que nous louons, avec un peu d’équipements informatiques. C’est à peu près tout. Nous n’avons pas de flotte automobile ou de locaux en propre. » Sur le terrain donc, les équipes de l’ONG s’ajustent en fonction des besoins des missions et des possibilités des partenaires sur place.
 
Comme de nombreuses associations et ONG, Life ne peut s’appuyer que sur des moyens limités, ce qui explique les campagnes récurrentes de levées de fonds pour rendre pérennes ses actions. « Nous respectons déjà un principe qui est, pour l’instant, de privilégier des campagnes de financements dédiées : des appels aux dons sont réalisés pour certains projets spécifiques par exemple. C’est contraignant, mais c’est le gage d’une meilleure transparence pour nos donateurs », explique encore Tarek Elkahodi.
 
Le fléchage des fonds doit servir les projets, et uniquement les projets. « Le but est de maximiser l’emploi des ressources, en particulier financières, sur les ‘cœurs de projets’, explique par ailleurs Fanny Fernandes. Par exemple, si le site d’un projet est accessible en transport en commun, et que les conditions sécuritaires le permettent, nous n’allons pas forcément louer de véhicules pour le transport des personnes. Nous préférons concentrer les ressources sur le projet lui-même, à la fois pour aller plus vite mais aussi pour pouvoir multiplier les projets, à périmètre financier constant. Nous essayons toujours d’équilibrer nos projets au mieux entre efficacité et efficience. Notre discrétion et notre faible empreinte logistique contribue souvent à une meilleure acceptabilité des projets auprès des populations locales. » Car arriver avec tambours et trompettes, gros 4x4 et logos omniprésents n’est plus la meilleure recette pour les ONG en recherche d’efficacité opérationnelle. « Nous ne débarquons pas en « pays conquis » en faisant ce que nous voulons avec des camions et des 4X4. Notre approche est progressive, méthodique et collaborative, avec les populations comme avec les autorités locales. Nous ne sommes pas là pour appliquer une recette mais pour répondre au mieux de nos capacités à un besoin réel et concret », résume le président de LIFE, Tarek Elkahodi.
 
Cette efficacité se mesure surtout grâce à un paramètre en particulier : la possibilité de se désengager l’esprit tranquille, une fois que l’action a atteint son rythme de croisière. Et c’est bien là la vocation première de l’humanitaire : répondre à un besoin ou une urgence, et partir une fois la pérennité de l’action entreprise assurée.
 










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