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La Corée du Nord : plus d'un demi-siècle d'hibernation


Jeudi 7 Février 2013



Arnaud Duval, homme d'affaire et observateur avisé, a publié en 2012 un carnet de voyage des plus intéressants. Le Dernier Testament de Kim Jong-Il(1) se présente ainsi comme une compilation de son expérience de la Corée du Nord. Ce livre s'adresse à tous les férus d'Asie avides de témoignages au sujet du pays le plus fermé du monde. Lecteurs : suivez le guide.



La Corée du Nord : plus d'un demi-siècle d'hibernation
Arnaud Duval pourrait être présenté comme un spécialiste de la pratique de l'Asie contemporaine. Après avoir travaillé 15 ans sur ce continent pour l'industrie de l'énergie, sa vie professionnelle l'a entrainé en Corée du Nord. Il s'est donc saisi de l'occasion pour consigner ses observations et ses interprétations quant à la vie dans ce pays. Et la rareté de la démarche suffit à faire de son ouvrage une pièce à conviction historique.
 
L'appel des affaires en Corée du Nord a confronté l'auteur à la bureaucratie communiste, à une population abreuvée de propagande, à la répression à grande échelle. Car la Corée de feu Kim Jong-Il a gardé plus que des airs de stalinisme. Le visiteur est aussi frappé par le règne d'un utilitarisme exacerbé, la pauvreté et la restriction des libertés obligeant les citoyens à redoubler d'intelligence pour maximiser la satisfaction qu'ils tirent du peu de ressource qui leur est octroyé.
 
Le Dernier Testament de Kim Jong-Il confirme le caractère totalitaire de la société nord-coréenne telle qu'on le perçoit vue d'Occident ainsi que la situation d'asservissement dans laquelle vivent ses citoyens. Mais l'ouvrage se distingue aussi par sa capacité en soulever des éléments moins connus de représentation de la société nord-coréenne.
 
Aurnaud Duval montre par exemple à quel point l'emprise des castes et de la filiation est forte dans ce pays. Toute l'ampleur de la paralysie sociale est d'ailleurs mise en lumière par le système judiciaire nord-coréen qui autorise l'emprisonnement à perpétuité arbitraire de tout individu issu de la famille d'un opposant au régime. L'auteur fait alors preuve d'un pessimisme qui tranche avec les analyses de nombreux observateurs convaincus que la Corée du Nord s'apprête à marcher dans les pas de la Chine continentale.
 
Arnaud Duval ne croit pas à l'ouverture commerciale de la Corée du Nord. L'extérieur y est encore systématiquement assimilé à un danger. Il n'est pas jusqu'à l'aide alimentaire qui n'est pas présentée comme une arme de destruction de la société nord-coréenne au service de l'impérialisme. Dans ce pays, la différence par rapport à l'extérieur est consolidée par une méfiance à son égard elle-même entretenue par le pouvoir politique. Le portrait de la Corée du Nord brossé par Arnaud Duval est donc à contre-courant. Le Dernier Testament de Kim Jong-Il prend ainsi parfois des allures d'aveu d'impuissance, mais peut-on vraiment le lui reprocher ?
 
 
(1) DUVAL, A., Le Dernier Testament de Kim Jon-Il – il était une foi(s) la Corée du Nord, Ed Michalon, Col. Documents, 2012, 280pp..




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