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La menace d’un monde sans antibiotiques


La Rédaction
Vendredi 21 Juin 2019



Depuis la découverte de la pénicilline par Alexander Fleming en 1928, l’humanité a trouvé un moyen de combattre les infections bactériennes qui étaient auparavant si mortelles.
Nous vivons dans un monde ou une petite coupure ne signifie plus potentiellement une septicémie. Mais la nature et son évolution est un fait scientifique têtu. Les bactéries développent des résistances de génération en génération, qui mettent désormais l’humanité une nouvelle fois en danger.
L’Institut français de la santé publique a estimé qu’en 2012, 158 000 infections avaient été causées par une bactérie multirésistante en France, provoquant 12 500 décès.




L’action antibactérienne et ses résistances

Les bactéries sont des êtres vivants procaryotes : elles ne disposent pas de noyau. Les antibiotiques sont par étymologie des « anti-vies » ils s’attaquent a des fonctions vitales des bactéries et n’ont pas d’équivalant chez nous (les eucaryotes). Nous pouvons les utiliser pour nous débarrasser d’une infection bactérienne à la différence des désinfectants comme l’eau de Javel qui détruit tous les micro-organismes. Les antibiotiques forment une classe complexe et disparate de molécules agissent de manière différente. Les antibiotiques ont un domaine d’action précis, ceux qui ciblent une majorité de bactéries sont appelés « à large spectre » et d’autres sont bien plus spécifiques.

Avec les vaccins, les antibiotiques sont les deux plus grandes avancées pour nous protéger des attaques du monde microscopique qui nous entoure. Mais cette guerre biologique n’est pas de tout repos. Les bactéries répondent aux règles de l’évolution, et leur cycle de vie est beaucoup plus rapide que le nôtre.

Les bactéries ont un temps entre deux générations d’individus d’environ 5 minutes (25 ans pour les humains, soit environ 2,5 millions de générations pour une colonie de bactéries). Il est ainsi possible de voir en direct l’évolution des bactéries et leur adaptation au milieu qui les entourent. Les bactéries qui développent des mutations, leur donnant une résistance face à un antibiotique (une membrane moins poreuse par exemple) vont plus se reproduire dans un milieu où l’antibiotique est présent. Les bactéries transmettent leur mutation par voie verticale (la reproduction), mais elles peuvent aussi le transmettre de façon horizontale ! Ainsi des bactéries peuvent acquérir la mutation directement par l’intermédiaire d’une autre et la propagation de la résistance est alors d’une rapidité extrême.

Quels dangers ?

La résistance bactérienne pose de véritables enjeux de santé mondiaux. Si la situation actuelle évolue de manière négative (sur utilisation des antibiotiques et non découverte de nouvelles molécules), l’OMS estime que 2,4 millions de personnes risquent de décéder dans les 30 prochaines années. L’augmentation des décès n’est pas le seul problème, les soins complémentaires nécessaires pour enrayer l’infection et s’occuper de patient dans des états critiques sont estimés à 3,5 milliards de dollars par an.

Un surplus de personnel de santé qui sera alors obligatoire, ainsi que des processus plus complexes pour protéger les médecins et infirmières des risques d’infections.

L’apparition de souches multi résistante est aussi un danger pour l’économie mondiale. Les voyages entre pays pourraient être plus limités et compliqués. L’urbanisation augmente les chances d’une forte propagation. Une pandémie ferait chuter considérablement la productivité et les échanges commerciaux.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a d’ailleurs lutté contre la diminution de l’efficacité des antibiotiques, un objectif majeur de sa politique depuis la prolifération des bactéries multi résistances dans les années 90.

Recommandations

Plusieurs recommandations sont fournies par l’OMS dans le cadre de son programme « One world, One Health » (un monde, une santé), pour réduire l’évolution de la résistance bactérienne.

Les États doivent mieux encadrer la vente des antibiotiques et mieux communiquer sur les enjeux de sur consommation de ces médicaments. Souvent en surconsommation, il est aussi nécessaire de réguler davantage l’utilisation des antibiotiques dans l’élevage. Ceux-ci se retrouvent rejetés dans l’eau participant ainsi à inonder les milieux bactériens de ces produits, augmentant mécaniquement les résistances et leur propagation.

Il faut limiter au maximum l’utilisation des antibiotiques pour les humains, ceux-ci doivent être contrôlés et délivrés par sous-ordonnances par des personnes habilitées. Il est surtout important de ne pas laisser en libre circulation les antibiotiques les plus efficaces. Si le contrôle est absolument nécessaire, les populations et les médecins doivent être impérativement mieux informées. Ces derniers cèdent parfois aux pressions de leurs patients.

Préserver l’efficacité des antibiotiques par une utilisation modérée et un devoir de santé publique pour chacun.

Actions et réactions

Malgré la prévention, la nécessité de trouver de nouvelles molécules est urgente. Le marché des antibiotiques autrefois si rentable possède désormais un très fort coût en R&D. Avec la fin des antibiotiques à large spectre, les industriels devront cibler des marchés de niches bien moins rentables. Ainsi l’incitation à l’innovation est faible… Il faudra sûrement constituer des partenariats publics-privés ou prévoir des mécanismes pour promouvoir la recherche et le développement dans ce secteur.

Certaines découvertes récentes pourraient cependant apporter un nouvel outil dans la lutte contre les micro-organismes. Il serait possible de créer un nouvel antibiotique à base d’arsenic qui, lors de tests, s’avère efficace contre des bactéries multi résistantes comme le redoutable E. coli. Mais ne crions pas victoire trop tôt, alors que l’échec de pratiquement toutes les molécules de la gamme des fluoroquinoles dans les années 90 a fortement marqué l’industrie avec des pertes cumulées estimées à 10 milliards de dollars.
Que soient trouvés de nouveaux antibiotiques ou non, les moyens prophylactiques sont à développer. L’hygiène et la sécurité alimentaire doivent être des priorités, les plus nombreux cas de résistances bactériennes sont observés dans les pays ayant les conditions d’hygiène les plus pauvres. La vaccination existe aussi pour certains types d’infections bactériennes. Elle pourrait s’avérer être un mécanisme efficace de lutte efficace notamment chez les personnes vulnérables souffrant lors d’utilisation d’antibiotiques puissants.

Mais les biologistes se focalisent aussi sur d’autres moyens de détruire les bactéries infectieuses, notamment par la phagothérapie. Cette technique consiste a utilisé des virus qui visent spécifiquement les bactéries responsables et provoque leur mort.
Ces utilisations sont prometteuses et notre connaissance du vivant s’améliore d’année en année. Cependant s’il faut rester confiant, le danger d’un monde ne pouvant plus lutter contre les infections bactériennes est excessivement effrayant. Ainsi l’approche face à la résistance bactérienne ce doit d’être holistique, car tel que le dit la reine rouge dans Alice aux pays des merveilles « ici il faut courir pour rester à la même place » alors courons avant qu’un monde ancien ne devienne de nouveau notre quotidien.

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