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Blockchain : comment ça marche ?


Lucien Tergal
Lundi 1 Octobre 2018

"Bitcoin", "blockchain", "minage"... Y comprenez-vous quelque chose ? Quelques explications simples pour ne pas rater la révolution en cours.



La nouvelle révolution


Rupture technologique radicale, la blockchain va affecter des pans entiers de l’économie, à l’image de la carte de crédit qui a révolutionné les paiements dans les années 1970.
Cette "disruption" touchera la banque, les paiements et transfert d’argent, l’assurance, la médecine, l’énergie, la distribution, le stockage de données… En somme, toute l’économie.
La blockchain est la technologie de stockage et de transmission d’informations grâce à laquelle les cryptomonnaies se sont développées, le bitcoin n’étant que la première, née en 2009, et la plus connue d’entre elles. La blockchain désigne une chaîne de blocs de données regroupant toutes les transactions passées. Ces informations sont stockées dans un registre immatériel accessible à tous, de telle sorte que rien ne peut être caché ou déplacé.
Le rapport de l’Institut Sapiens consacré au Bitcoin la définit ainsi : « Blockchain est un réseau en accès libre sur lequel quiconque peut réaliser des transactions infalsifiables, enregistrées publiquement dans un registre immuable » (1).


Comprendre la blockchain et les cryptomonnaies


Le "minage" est une étape essentielle de la blockchain, l’étape qui consiste à valider les blocs par les nœuds du réseau. Les nœuds du réseau, ce sont les maillons de la chaîne sur lesquels interviennent des "mineurs", les informaticiens qui créent les maillons de la chaîne.
Concrètement, le minage consiste à vérifier les transactions à partir des données transmises. Pour chaque transaction à valider, des dizaines de milliers d’acteurs, partout dans le monde, réalisent des calculs avec des ordinateurs très puissants. L’idée est d’empêcher tout hacker malveillant de tricher, voler ou créer artificiellement de la monnaie virtuelle. 
En Chine, notamment en Mongolie intérieure, des "fermes à bitcoin" ou "mines à bitcoin" rassemblent des milliers d’ordinateurs qui tournent en permanence pour effectuer les calculs nécessaires, valider les transactions et sécuriser le réseau. Le processus d’extraction de bitcoins fonctionne comme une loterie : « Les mineurs de bitcoins sont en compétition pour produire des chaînes alphanumériques d’une longueur fixe qui sont calculées à partir de données d’une longueur arbitraire. Ils produisent les “hachages” à partir d’une combinaison de trois éléments de données : nouveaux blocs de transactions bitcoin ; le dernier bloc sur la blockchain ; et un nombre aléatoire » (2).

Ce travail est cependant très énergivore, à tel point que la Chine — qui représente plus des deux tiers de la puissance de traitement mondiale consacrée à l’extraction de bitcoin — a décidé de limiter l’approvisionnement en électricité des mineurs de bitcoin (3).


La blockchain se passe d’intermédiaire 


L’accès à la blockchain est ouvert à tout un chacun. Mais personne ne la contrôle, car elle est décentralisée. La blockchain est totalement transparente, indépendante et autonome (4).
Exemple, si Amazon révolutionnait l’achat de livres en supprimant un intermédiaire (le libraire), la blockchain permettra de se passer de tous les intermédiaires pour acheter directement à la maison d’édition en toute autonomie. De la même manière, les banques centrales et privées deviennent quasiment inutiles, car leur rôle de sécurité est remplacé par un code complexe disséminé à travers tous les utilisateurs.

Le spécialiste français du bitcoin, Philipe Herlin (auteur du livre intitulé J’achète du Bitcoin. Guide pratique pour miser sur les nouveaux placements : bitcoin, Ethereum, Token, Ico) décrit le rapport entre blockchain et bitcoin : « La blockchain, c’est ce qui permet au Bitcoin de fonctionner, un réseau avec de nombreux rails. Qui peut certifier que telle personne a envoyé tant de Bitcoins à telle autre personne ? Dans notre système actuel, c’est la banque qui dit cela. S’il n’y a pas de banque, comment fait-on cela ? Cette information sur les transactions est rendue publique pour l’ensemble des participants et elle est inscrite dans une base de données publique qui ne peut pas être modifiée. Cela s’appelle la blockchain, cela permet de certifier les transactions, mais cela peut aussi servir de support pour construire des services financiers, comme des marchés boursiers, des systèmes d’assurance ou la certification de documents. C’est en train de se développer fortement à travers le monde » (5).
Quelle est la différence entre la blockchain et le Web ? Philippe Herlin complète : « on peut dire que la blockchain peut ubériser Uber ! Uber est un système de taxis qui centralise toutes les demandes et le central réinjecte l’information en prenant 25 % de commission au passage… Avec la blockchain, on pourra décentraliser cela avec un coût de fonctionnement nettement inférieur. Cela peut être fait pour Airbnb comme pour tout un tas d’autres systèmes. Le mode d’organisation est nettement moins coûteux que les organisations verticales et centralisées qui existent actuellement chez les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Amazon) et dans les grandes entreprises ».
Il résume : « On peut construire tout un tas de services autour de la blockchain, c’est un changement de paradigme, un peu comme Internet a révolutionné le monde économique ».
L’enjeu est donc de décentraliser l’information pour renforcer le système.


Le futur d'internet


Aujourd’hui, la plupart des grandes entreprises sautent le pas. Deux études de PwC et Deloitte confirment que les dirigeants d’entreprises se préparent au déploiement de la technologie blockchain pour profiter de l’automatisation des opérations et améliorer l’efficacité des transactions (6).
De même, la Banque mondiale a levé 110 millions de dollars australiens pour sa première émission obligataire sur la blockchain (7).

Le problème des cryptomonnaies est qu’elles servent aujourd’hui quasi exclusivement à la spéculation, sur un marché à la fois très restreint et très volatil. C’est pourquoi il est encore risqué d’investir dans les cryptomonnaies sans une connaissance approfondie de ses arcanes.
En effet, plus la blockchain est utilisée, plus elle complexifie ses opérations et plus son fonctionnement ralentit. Pour résoudre ces problèmes de "scalabilité", ou de mise à l’échelle, du Bitcoin, une deuxième génération de cryptomonnaies a vu le jour en 2014, avec notamment l’Ethereum dont l’avantage est d’augmenter la vitesse de minage d’un bloc et de changer la donne grâce à l’introduction des contrats intelligents, ou smart contracts.
Pour nombre d’experts, lorsqu’on aura pris conscience du potentiel des cryptomonnaies, au même titre qu’internet, le marché gagnera en stabilité : « Si l’Ethereum et les cryptomonnaies de seconde génération offrent la possibilité de changer le monde et l’économie, elles gardent un problème de taille. Comme le Bitcoin, elles sont difficilement gouvernables. En effet, une cryptomonnaie est comme un être vivant.  Elle est adaptée à son écosystème au moment de sa naissance mais doit évoluer avec le temps. Cela implique de prendre des décisions stratégiques cruciales » (8). Mais une nouvelle génération, à l’instar d’Ada et le système Cardano (9), est en gestation afin de proposer un système fiable sur le long terme et une gouvernance plus classique, censée éviter les crises de congestion actuelles.

(1) https://www.institutsapiens.fr/bitcoin-totem-et-tabou/
(2) http://www.leprogrammeurmarocain.com/mines-bitcoin/
(3) https://www.zdnet.fr/actualites/la-chine-veut-une-sortie-ordonnee-du-mining-de-bitcoin-39862358.htm
(4) https://fr.express.live/2018/08/29/quest-ce-que-la-preuve-de-travail-dans-la-blockchain
(5)http://www.kernews.com/philippe-herlin-cas-de-crise-bancaire-importante-leuro-auront-bitcoins-dor-physique-seront-proteges/6426/
(6)https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-pwc-et-deloite-confirment-l-engouement-pour-la-blockchain-72686.html
(7)https://www.usine-digitale.fr/article/la-banque-mondiale-leve-69-millions-d-euros-sur-la-blockchain.N733329
(8) http://www.ladn.eu/entreprises-innovantes/parole-expert/cryptomonnaies-revolution-amelioration/
(9) https://coin24.fr/actualites/cardano-la-blockchain-innovante-qui-seduit-les-investisseurs/




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