SenseMaking
 



"Un dirigeant doit savoir entraîner l'entreprise sur les terrains de la créativité et de l'innovation." Carmen Munoz, DG de Citelum


La Rédaction
Mercredi 4 Septembre 2019



Vous avez déclaré vouloir placer la politique RSE au rang des priorités stratégiques de l'entreprise avec des volets variés comme l'environnement, la sécurité, la formation et l'accompagnement des collaborateurs. Comment cela a-t-il été reçu par vos équipes ?



Cela a été très bien reçu et même réclamé par nos équipes ! Dans le cadre de la mise à jour de notre stratégie, j’ai fait faire une enquête interne auprès de tous nos salariés dans le monde leur demandant ce qu’ils attendaient comme axes essentiels pour la réorientation de notre stratégie. Les résultats étaient unanimes, tous nos collaborateurs veulent mettre la responsabilité sociale et environnementale au cœur de nos décisions stratégiques. Tous veulent s'impliquer dans la lutte contre le changement climatique, que ce soit en France, au Brésil, en Inde ou aux Etats-Unis. Il s'agit d'un véritable moteur pour moi et ma détermination est grande car je suis convaincue que l’entreprise du futur sera responsable, ou ne sera pas.
 
A mon sens, une entreprise qui n'adopte pas de comportement responsable fait preuve d'une vision étriquée et de court terme. Je considère pour ma part que les enjeux auxquels nous avons à faire face nous forcent à la responsabilité. Et les premiers à l'exiger sont les salariés qui veulent se lever le matin et venir au travail en se sentant utiles pour la société. Les clients également, qui demandent aux entreprises de s'engager sur ces questions au point d'en faire une condition dans certains appels d'offres. Même certains organismes financiers conditionnent leur investissement à des engagements de responsabilité sociale et environnementale. Il s'agit d'enjeux de société qui concernent tout le monde, il est normal qu'une entreprise comme la notre, au carrefour de ces préoccupations, fédère tous ses collaborateurs autour de ces sujets.

Avec une forte présence à l'international, vous dirigez des équipes de différentes nationalités et cultures. Cela représente-t-il un défi particulier ? Dirige-t-on une équipe italienne ou française de la même manière qu'une équipe indienne ou américaine ?

Non, bien sûr. Les caractéristiques culturelles sont fortes et il faut évidemment les prendre en compte lorsque l'on collabore avec des équipes à travers le monde. Cependant il y a des exigences qui ne permettent pas d'adaptation. Que ce soit en matière environnementale, sociale ou sécuritaire, nous établissons un certain nombre de règles qui sont la base de notre action et qui doivent être appliquées partout.

Je pense notamment à la sécurité. Tous les pays n’ont pas les mêmes exigences de sécurité. Certains pays d'Amérique du sud ne précisent pas la nécessité de formation initiale à l'électricité pour intervenir sur les chantiers.  Nous avons décidé de l'imposer malgré tout. Mais nous donnons à nos collaborateurs les moyens de cette exigence en leur proposant une formation adaptée. Pour cela nous avons mis en place des centres de formation de nos équipes. De la même manière certains pays n'imposent pas de protection individuelle comme les gants, les masques etc. Nous avons donc fait venir ces équipements sur place afin de fournir nos collaborateurs et nous les avons formés à leur usage. Il en est de même sur les questions de responsabilité environnementale et sur le recyclage des déchets notamment. Sur ces questions nous allons souvent plus loin que la réglementation locale en nous assurant nous-mêmes de la bonne gestion des déchets. Voilà deux exemples pour lesquels nous nous imposons à nous-mêmes un niveau d'exigence supérieur aux usages locaux.

Ceci étant dit, il est évident qu'il faut savoir respecter et prendre en compte les différences culturelles. C'est le seul moyen de diriger des équipes dans le monde entier avec intelligence. Je vais vous donner un exemple. Au Danemark, pendant la période d'été, tous les intervenants sur la voie publique sont habillés de pantacourts. Or cela ne correspond pas à nos usages habituels en matière de sécurité et partout dans le monde on impose le port de pantalons sur nos chantiers. Mais cette habitude culturelle fait qu'au Danemark ils savent travailler en toute sécurité dans cette tenue. L'exemple peut sembler anecdotique mais il dit bien notre façon d'aborder ces questions. Nous ne faisons aucun compromis sur la sécurité des collaborateurs et nous regardons de près comment implémenter nos exigences tout en respectant les us et coutumes locaux.

Il y a donc un véritable travail de discernement intelligent à faire pour savoir où doit être appliquée la règle strictement et où l'objectif de la règle, en l'occurrence la sécurité des travailleurs, peut-il être atteint par d'autres moyens.
En revanche il y a des points sur lesquels nous ne transigeons pas. Je pense aux pratiques de discrimination envers les femmes par exemple. Certains pays la pratiquent parfois pour des raisons culturelles mais en tant qu'entreprise responsable nous imposons un traitement équitable de l'ensemble de nos salariés. Sur ce point nous devons aller au delà des différences culturelles. En revanche si les blocages locaux sont tels qu’ils ne sont pas compatibles avec nos principes de RSE alors nous ne travaillons pas dans ces endroits. Nous nous devons d'être cohérents avec notre vision de l'entreprise et de la justice sociale, même si cela a un coût commercial.

En lien permanent avec les villes pour le développement de ce que l'on appelle la smart city, vous devez être force de proposition en termes d'innovations industrielles et technologiques. Quelle place la R&D tient-elle dans votre stratégie ?

L'innovation tient chez nous une place essentielle et ne se limite pas à la R&D. Elle consiste parfois en l’intégration de nouvelles solutions à nos dispositifs ou au développement de nouveaux usages. Ce que nous avons fait en Belgique sur le projet des autoroutes intelligentes en est un bon exemple. Dans ce cas précis l’innovation est passée par l’intégration de caméras et capteurs qui ont pour objectifs de prévenir les risques, de limiter l'impact des infrastructures sur la biodiversité ainsi que réduire la consommation d'énergie.

Cet aspect de l'innovation est possible grâce à notre large réseau de partenaires. Nous travaillons en effet avec des grandes entreprises comme Bosch ou Lacroix avec qui nous avons coopéré sur le projet des autoroutes intelligentes de Wallonie. Mais nous sommes aussi partenaires de startups comme Kawantech, société basée à Toulouse et spécialisée dans les capteurs connectés intelligents.

Nous avons également nos propres laboratoires, en lien avec EDF et ses 1 900 chercheurs, où nous travaillons sur de nouvelles solutions d'éclairage, sur une optimisation des matériels, le développement de nouveaux systèmes etc. La smart city est un sujet majeur pour nous et nous avons une partie entière de notre R&D dédiée à la recherche sur l'intégration de nos solutions aux besoins spécifiques de la ville intelligente de demain. Mais toutes nos recherches sont orientées par notre philosophie du métier : la technologie doit être au service du bien-être des citoyens et la préservation de l'environnement. C'est seulement comme cela que la smart city sera réellement intelligente.

Citelum continue de croître en France et à l'international et votre ambition est de porter le chiffre d'affaires de l'entreprise à 500M€ d’ici 2023. Comment entraînez-vous l’ensemble des forces vives de l’entreprise vers ces nouveaux défis ?

Notre stratégie de développement est d'abord de chercher à croître là où nous sommes déjà. Cette approche de la croissance organique se retrouve dans notre management. Nous avançons avec ce que nous sommes. Ce sont nos collaborateurs qui font l'identité et la force de notre société, c'est donc avec eux, avec leurs propres énergies et désirs que nous avançons.

Nous avons aussi développé une très forte orientation client. Notre expertise consiste à anticiper leurs besoins afin de leur apporter les meilleures réponses techniques, économiques, environnementales et sociales. La confiance s'installe rapidement lorsque nos interlocuteurs se rendent compte que nous disons ce que nous faisons et faisons ce que nous disons. Et toutes nos équipes partagent cette passion de l'écoute et de la satisfaction du client, de son projet de territoire ou industriel. Notre engagement sur des résultats mesurables permet de satisfaire le client mais aussi de donner un véritable sens du travail accompli à nos collaborateurs.

Enfin je dois dire qu'un élément très satisfaisant de ma mission, c'est le constat que je fais que nous progressons grâce à nos clients. Nous avons des clients formidables, très engagés au service de leurs administrés, de la lutte contre le dérèglement climatique, la pollution etc. Je pense notamment au maire d'Asnières, Manuel Aeschlimann, avec qui nous sommes très heureux de travailler sur ces sujets. Ou encore François Rebsamen, le maire de Dijon, mais aussi beaucoup d'autres élus à travers le monde.

Leurs exigences sont notre école et nous en sommes très heureux. Ils nous tirent vers le haut en permanence, nous obligent à nous dépasser, à nous réinventer, à grandir avec eux et ils sont la meilleure garantie de notre qualité future.

 




Dans la même rubrique :
< >







Les articles les plus lus

L'entreprise matricielle

27/06/2012 - La Rédaction

Les nouvelles technologies au service du tourisme patrimonial et culturel

14/06/2016 - Cindy Matar - Sous la direction de Benoit Duguay

La vie de Peter Drucker, pape du management

25/04/2012 - La Rédaction


Inscription à la newsletter
Facebook
Twitter
YouTube